L'AFFAIRE CLEARSTREAM, LA VICTIME,LES COUPABLES ET LE PROCUREUR
Le tumulte assourdissant qui a entouré le jugement rendu par le Trbunal de Paris le 28 janvier 2010 dans l'affaire Clearstream où s'entremêlent des données juridiques et l'affrontement politique Sarkozy-Villepin trouble la compréhension du dossier au point que l'on en arrive à confondre les victimes et les coupables,Tenons-nous en donc aux simples données juridiques.
LA VICTIME :NICOLAS SARKOZY ET AUTRES
Pour mettre en cause Nicolas Sarkozy et diverses autres personnalités, des commanditaires aidés par des complices ont falsifié des listings bancaires de la banque Clearstream en y ajoutant plusieurs noms dont celui de l’actuel Président de la République. Ont été également visées plusieurs personnalités politiques ayant exercé des responsabilités dans l'industrie, la défense ou au ministère de l'intérieur - Alain Madelin, Jean-Pierre Chevènement, Dominique Strauss-Kahn, Charles Pasqua . Il s'agissait de faire croire à l'opinion publique que toutes ces personnes détenaient des comptes bancaires cachés à l'étranger,Nicolas Sarkozy était principalement visé par la manipulation,L'objectif recherché était de l'exclure de la compétition présidentielle.
L'actuel chef de l'Etat est donc dans l'affaire Clearstream la victime principale .C'est lui que des manipulateurs ont voulu atteindre par la falsification et la manipulation.On aurait tort d'oublier cet aspect essentiel de l'Affaire.
LES COUPABLES CONDAMNES PAR LE TRIBUNAL
Deux condamnations principales touchent les responsables de la falsification des listings ou de leur divulgation.
Jean-Louis Gergorin ,l'ancien vice-président exécutif d'EADS, corbeau de l'affaire, a été condamné à trois ans de prison, dont 21 mois avec sursis, et 40.000 euros d'amende pour dénonciation calomnieuse, usage de faux et recel d'abus de confiance.Le parquet,pour sa part, avait requis trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis, et 45.000 euros à son encontre.
Imad Lahoud, le mathématicien falsificateur des listings Clearstream, a été condamné à trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis, et 40.000 euros d'amende pour complicité de dénonciation calomnieuse, faux et usage de faux et recel d'abus de confiance.
Pour sa part,le parquet avait requis deux ans de prison, dont six mois avec sursis, et 45.000 euros d'amende à son encontre pour dénonciation calomnieuse, faux et usage de faux et recel d'abus de confiance.
LA RELAXE DE DOMINIQUE DE VILLEPIN
La Justice avait la difficile tache d’établir si Dominique de Villepin avait simplement souhaité faire établir la vérité des faits ou s’il avait, au contraire, appuyé sur l’accélérateur pour mettre en cause Nicolas Sarkozy.
L'ancien premier ministre bénéficie d'une double relaxe.
Le tribunal estime d'une part que la preuve n’est pas rapportée à l’encontre de Dominique de VILLEPIN de l’existence tant d’une instruction, donnée en connaissance de cause, de commettre le délit de dénonciation calomnieuse dont il aurait été l’instigateur, que d’une abstention d’empêcher la réitération de la dénonciation qu’il aurait su calomnieuse, susceptible de constituer un acte de complicité .
D'autre part, le tribunal estime qu'il résulte de l’information et les débats que Dominique de VILLEPIN ignorait jusqu’au 15 octobre la provenance exacte des documents ; que la preuve n’est pas rapportée qu’il les ait eus matériellement en sa possession ; qu’il n’est pas établi que Dominique de VILLEPIN ait concouru par l’instruction de saisir le juge Renaud VAN RUYMBEKE, à la remise à ce magistrat des documents de provenance frauduleuse au travers des envois des 3 mai, 14 juin, 20 août et 4 octobre 2004 ; qu’il s’ensuit que le délit de recel n’est pas constitué à son encontre.
Il convient en conséquence de renvoyer Dominique de VILLEPIN des fins de la poursuite engagées à son encontre du chef d’une part de complicité d’usage de faux et d’autre part de recel de vol et d’abus de confiance
Le procureur pour sa part avait conclu à la responsabilité de Dominique de Villepin estimant que l'on avait affaire à une"manipulation complexe d'une ampleur exceptionnelle… l'intrication délibérée du vrai et du faux, l'association réfléchie de faits réels et de calomnie". Les acteurs de cette affaire entretiennent tous "un rapport altéré à la vérité ".
L'APPEL DU PARQUET
Alors que Nicolas Sarkozy avait manifesté son intention d'en rester là, le Procureur de la République a immédiatement relevé appel du jugement entraînant des réactions véhémentes de l'ancien premier ministre. Pourtant, il s'agit d'une procédure habituelle dans des instances où plusieurs protagonistes sont poursuivis simultanément. Il est difficile en appel de saucissonner le dossier.L'appel du Parquet doit permettre un réexamen global de l'Affaire.L'appel du parquet est une décision évidente, selon le Procureur. "Je n'ai pas changé d'opinion, le dossier apporte la preuve irréfutable qu'à la mi-juillet 2004, M. de Villepin savait que les listings étaient faux. Il n'y a pas eu de stratégie concertée avec l'Elysée. Ne retrouver devant la cour d'appel que les seuls Gergorin et Lahoud, c'était un procès tronqué. Je suis cohérent, j'ai une conviction, c'est la conception que j'ai de mon métier."
Ainsi, malgré la personnalité des protagonistes, cette Affaire se situe dans le droit commun de la procédure pénale.
Charles Debbasch
samedi, janvier 30, 2010
L'AFFAIRE CLEARSTREAM,LA VICTIME,LES COUPABLES ET LE PROCUREUR
mercredi, septembre 23, 2009
LE CLAIR OBSCUR DE L'AFFAIRE CLEARSTREAM
LE CLAIR OBSCUR DE L’AFFAIRE CLEARSTREAM
Le tumulte assourdissant qui entoure l’affrontement de Dominique de Villepin et de Nicolas Sarkozy ne doit pas dissimuler la gravité des faits sur lesquels la justice va devoir se prononcer.
LA FALSIFICATION DE LISTINGS BANCAIRES
Pour mettre en cause Nicolas Sarkozy et diverses autres personnalités ,deux personnes, Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin, sont soupçonnées d’avoir falsifié des listings bancaires de la banque Clearstream en y ajoutant plusieurs noms dont celui de l’actuel Président de la République.
Bien que Gergorin nie être à l’origine de la falsification on remarquera l’addition dans les listings de personnalités auxquelles il s’est opposé au sein d'EADS ou du groupe Lagardère. Ont été également visées plusieurs personnalités politiques ayant exercé des responsabilités dans l'industrie, la défense ou au ministère de l'intérieur - Alain Madelin, Jean-Pierre Chevènement, Dominique Strauss-Kahn, Charles Pasqua .L’honneur de toutes ces personnes a été mis en cause et elles figurent aujourd’hui parmi les plaignants.
On est donc loin, comme on voudrait le faire croire, d’un procès entre l’actuel président de la République et un ancien Premier ministre . Il s’agit d’une tentative pour déstabiliser une partie de l’establishment de la République ce qui explique qu’il y ait 44 plaignants devant le tribunal.
UNE ZONE GRISE DE L’ETAT
Ce qui complique le problème c’est que l’affaire se situe dans une zone grise de l’Etat où se mêlent les services de renseignement, les financements politiques et les vrais et faux espions. Imad Lahoud a été un temps utilisé par ces services. Un haut responsable des services secrets le général Rondot a été chargé d’une enquête sur l’affaire et le patron Bertrand des renseignements généraux semble être intervenu à plusieurs reprises dans le dossier.
L’INTERFERENCE AVEC LE CHOIX DU CANDIDAT DE LA DROITE AUX ELECTIONS PRESIDENTIELLES
L’affaire nait et se développe à un moment où la lutte pour le choix du candidat de la droite bat son plein. Le camp Chirac tente de s’opposer à la candidature Sarkozy et Dominique de Villepin est à l’avant-poste pour tirer à vue sur ce candidat potentiel qui lui fait de l’ombre. On sait que, dans ces périodes, les diffamations se diffusent comme de la mauvaise herbe. Que l’on se souvienne des montages d’un clan, gaulliste contre Georges Pompidou pour tenter de ruiner sa candidature. Que l’on se remémore l’affaire de la feuille d’impôts de Jacques Chaban-Delmas pour détruire son image de présidentiable. Que l’on garde en mémoire le lancement d’une affaire contre Robert Boulin au moment où Giscard envisageait de le nommer premier ministre. La vie politique se montre là sous son plus mauvais jour : un univers louche où interférent barbouzes et services officiels, vrais espions et faux nez, révélations et déformations de la réalité
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Dans l’affaire Clearstream on assiste selon le réquisitoire du procureur de Paris Jean-Claude Marin à une "manipulation complexe d'une ampleur exceptionnelle… l'intrication délibérée du vrai et du faux, l'association réfléchie de faits réels et de calomnie". Les acteurs de cette affaire entretiennent tous "un rapport altéré à la vérité ".
QUID DE LA RESPONSABILITE DE DOMINIQUE DE VILLEPIN DANS CETTE DENONCIATION CALOMNIEUSE ?
Tout est dit dans les notes du 30 juin 2004 du Général Rondot chargé par Dominique de Villepin d’enquêter sur cette affaire : "Je constate que cette affaire prend un tour politique qui risque de devenir dangereux … s'il venait à être établi que cette vaste affaire de corruption est réelle, les conséquences politiques, tant à droite qu'à gauche, seraient calamiteuses. Dans le cas contraire, le chef de l'Etat se trouverait mis en cause pour avoir laissé se développer, sinon encouragé à travers Dominique de Villepin, une campagne visant de possibles concurrents, à droite comme à gauche."
Aujourd’hui que la machination est dévoilée, la Justice aura la difficile tache d’établir si Dominique de Villepin a simplement souhaité faire établir la vérité des faits ou s’il a, au contraire, appuyé sur l’accélérateur pour mettre en cause Nicolas Sarkozy.
Charles Debbasch