EUROPE-AFRIQUE JE T’AIME MOI NON PLUS
Il aura fallu sept ans pour que, après Le Caire, s’organise ce second sommet Afrique Europe à Lisbonne. Les obstacles ont été nombreux sur la route et l’absence officielle de la Grande Bretagne en raison de l’invitation adressée à Robert Mugabe, le vieux dirigeant du Zimbawe, a failli faire encore capoter le sommet.
S’il a été maintenu c’est parce qu’il y a urgence: l’Europe prend peur devant l’irruption sur la scène africaine de nouveaux acteurs comme la Chine, le Brésil ou l’Inde sans oublier bien entendu les Etats-Unis Certes l’Europe reste le principal partenaire commercial de l'Afrique Mais, le grignotage de ses positions est très rapide. Aussi, l’Union européenne a adopté une politique audacieuse pour un nouveau partenariat avec l’Afrique.
En apparence ce Sommet est un succès. Les Etats présents ont adopté une déclaration politique affirmant le principe de "l'égalité dans la souveraineté", Huit priorités sont définies: la paix et la sécurité (le avec notamment le soutien aux opérations de maintien de la paix), la gouvernance et les droits de l'homme, le commerce, l’assouplissement des "objectifs du millénaire" (éducation, santé, ...), l'énergie, le changement climatique, le pôle "migration, mobilité et emploi" et la science. Un représentant spécial de l'Union Européenne auprès de l'Union africaine a été désigné pour veiller à l'application de la politique européenne en Afrique.
Mais, sous cet apparent consensus, une grave ligne de fracture est apparue.
Le soutien apporté par les Africains à Robert Mugabe démontre l’irritation de nombreux gouvernants devant les tentatives de l’Union européenne pour définir à la place des Africains des critères de la bonne gouvernance que beaucoup assimilent à une sorte de néo colonialisme.
Hier, la colonisation remettait les rênes du pouvoir aux puissances européennes. Aujourd’hui, l’Europe tendrait à exiger que les dirigeants africains appliquent les partitions définies par les Etats dominants. Une nouvelle génération de dirigeants africains ne se sent plus enchainée par la révérence à l’égard de la vérité européenne Les conditionnalités européennes apparaissent comme des résurgences du colonialisme et les populations africaines se rebellent devant ces immixtions dans leurs affaires.
Le débat s’est concentré à Lisbonne sur la grande mutation des relations commerciales que Bruxelles tente d’imposer à l’Afrique. Nombreux sont les dirigeants africains qui refusent de signer les accords commerciaux de libre échange que Bruxelles leur demande d’accepter avant le 31 décembre. Le risque est en effet que la libre entrée des produits européens ruine les productions locales et prive les Etats africains de recettes douanières qui leur sont nécessaires. Le forcing de l’administration européenne qui cherche à exercer des pressions sur chaque Etat plutôt que de tenter une approche globale avec l’Afrique parait ruiner l’objectif même de la réunion de Lisbonne. Là ou on espérait un dialogue d’égal à égal Europe Afrique, Bruxelles parait tentée par la stratégie du diviser pour régner.
Il y a donc quelques ombres dans le théâtre bien ordonné de Lisbonne.
Charles Debbasch
dimanche, décembre 09, 2007
EUROPE AFRIQUE LE SOMMET DE LISBONNE
samedi, décembre 08, 2007
KHADAFI EN VISITE A PARIS
A l’occasion de la visite à Paris le 10 novembre 2007du colonel Khadafi, je publie le portrait que j’ai dressé de lui dans mon livre (La succession d’Eyadema, L’Harmattan 2006)
Il fut un temps où Kadhafi était considéré par les occidentaux comme un diable. On lui attribuait des pouvoirs maléfiques. Il figurait au tableau d'horreur de l’Occident. Les sanctions de l’embargo étreignaient la Libye. Il était en quelque sorte infréquentable.
Puis, progressivement, les choses ont changé. Le pays a voulu sortir de son isolement et a fait des ouvertures diplomatiques. Avec l’âge et l’expérience, le fougueux cheval a modéré ses ardeurs et ses excommunications, et il a surtout tissé sa toile africaine. Patiemment, inlassablement, le leader libyen a reçu les leaders africains, les a aidés. Il s’en est fait des alliés.
Dans l’Afrique francophone, il a tiré parti de la réduction de l’influence française pour pousser ses pions. Les chefs d’Etat africains ont trouvé auprès de lui l’écoute qu’ils regrettaient de ne plus avoir à Paris.
Kadhafi s’est toujours trouvé à l’étroit dans ce pays trop peu peuplé pour peser sur la scène internationale. Il a d’abord lancé ses pions unitaires vers le Maghreb. Il convainquit même un temps Bourguiba de fusionner son Etat avec le sien. L’union éclata au bout de quarante huit heures. Avec l’Algérie et avec le Maroc, les intérêts géopolitiques se heurtaient trop fort pour conduire à autre chose que des alliances de façade. Voilà pourquoi, Kadhafi a souhaité insuffler l’élan unitaire à tout le continent africain.
Son projet de constituer des Etats-Unis d’Afrique ne rencontre au début qu’une indifférence amusée. Mais, c’est mal connaitre l’obstination du colonel libyen que de penser le voir renoncer. L’Organisation de l’Unité africaine végète lamentablement. Kadhafi va alors mener un puissant travail de conviction pour favoriser les ralliements à son projet d’Union africaine.
Il va remarquablement réussir. Son apothéose se déroule à Lomé en juin 2000. Les Chefs d’Etat scellent la mort de l’OUA et la remplacent par l’Union Africaine. C’est le triomphe du guide libyen qui franchit la frontière entre le Ghana et le Togo au milieu d’une foule en liesse qui voit débarquer une sorte de cirque avec ses immenses tentes, ses amazones l’arme au poing, étrange mélange de grâce féminine et de force masculine, et surtout Kadhafi heureux de se livrer à un bain de foule et imaginant peut être à ce moment là qu’il est devenu le maitre de toute l’Afrique. Il s’ensuivra huit jours de délire pendant lesquels le guide qui a négligé les suites de l’hôtel Sarakawa s’est installé sous une gigantesque tente dressée dans les jardins.
Ce n’est pas par hasard que le sommet de l’unité se tient à Lomé. Longtemps, les rapports entre les deux Présidents ont été distants. Deux personnalités aussi fortes ont du mal à cohabiter. Le proverbe dit bien qu’il n’ y a pas de place pour deux crocodiles dans le même marigot. Les heurts s’expliquent aussi par des motifs plus politiques. Eyadema est le plus fidèle allié de la France en Afrique et il ne peut avaliser les menées subversives du Guide dans les anciennes possessions africaines. Quant à ce dernier, soucieux de prôner l’islamisme, il se méfie du protestant Eyadema qui invoque son Dieu à tout bout de champ.
Les montagnes finiront par se rencontrer et par nouer des liens d’amitié. Non pas, comme on le publie souvent, par la recherche par le Président togolais de l’argent de Kadhafi - Eyadema est trop fier pour devenir solliciteur. Mais parce que les deux chefs sont arrivés à une conscience commune : face à la mondialisation, l’Afrique ne peut s’en sortir que dans l’unité non pas contre l’Occident mais avec lui ou à tout le moins à coté de lui.
"Nous devons accepter la légalité internationale en dépit du fait qu'elle soit faussée et imposée par l'Amérique ou nous serons écrasés", estime le leader libyen.
« A l'avenir, la politique libyenne sera celle de l'Union africaine et par conséquent notre pays n'agira plus seul" sur la scène internationale, proclame le dirigeant libyen et il ajoute :
"Ceux qui accusent la Libye d'être un pays rebelle ne pourront plus défendre cette thèse…. »
"La Libye ne peut plus s'accrocher aux Arabes, étourdis par la mondialisation et par le processus de Barcelone et dont la Ligue, docile et inefficace, est incapable de rivaliser avec l'Union africaine".
"L'Afrique et non plus le pétrole est désormais l'espoir de la Libye", a-t-il dit.
La nouvelle donne de la politique libyenne a rapproché le pays de l’Europe. Romano Prodi président de la Commission de l’Union européenne est devenu un proche du Guide et cette proximité aidera le Togo à renouer des relations moins heurtées avec Bruxelles. Ce rapprochement de la Libye et du Togo induit de nombreuses visites togolaises au pays de Kadhafi.
Celui-ci adore recevoir et se distraire du quotidien national par l’irruption de l’international. C’est dans le désert à proximité de Syrte qu’il préfère accueillir ses hôtes. Sous la gigantesque et somptueuse tente verte décorée de rosaces dorées, il trône l’œil vif et malicieux lorsque son regard n’est pas voilé par des lunettes Ray Ban qui introduisent ici une touche d’américanisme incongru .Il est entouré par l’ambassadeur ministre Treki qui connaît tous les cadres dirigeants de l’Afrique comme s’il les avait faits. Son directeur de cabinet, Baschir Salaeh, exerce une influence discrète et efficace dans ce système de pouvoir fortement centralisé. Tard dans la nuit, les discussions se poursuivent autour d’un thé brulant qui suffit à peine à réchauffer des froidures du désert.
Kadhafi refait le monde. Avec perspicacité, il dresse un tableau réaliste de l’état de l’Afrique. Il écoute si avidement tous les détails que ses interlocuteurs viennent lui donner qu’il en devient savant en géopolitique et à lui seul son propre service de renseignement. Promu au rang des sages, il conseille, recommande plus qu’il ne commande mais, à chacun de mesurer les risques s’il ne suit pas ses avis.
Pendant cette difficile campagne de succession, il nous reçoit à Syrte et à Tripoli alors que nous vivons des remous et des tensions. Il prend d’abord contact avec chacun de nous, se fait expliquer le rôle de chacun. Il n’ignore d’ailleurs rien de nos activités et décoche à chacun une flèche d’humour. Il me regarde, plisse ses yeux et me dit : « On m’a signalé que vous avez été le professeur du Roi du Maroc, Mohammed VI. Aussi, dorénavant, je considérerai que chaque fois que le monarque mènera une action que je n’approuve pas, vous en serez responsable.» Puis, Kadhafi se fait expliquer la situation au Togo. Il interroge, confronte nos dires avec ceux des agences de presse puis livre son verdict.
« Les difficultés internationales que vous rencontrez ne sont pas étonnantes. Pensez combien de dirigeants ont du courber la tête devant la puissance et l’autorité d’Eyadema. Ils se sont tus devant lui mais n’en pensaient pas moins. Aujourd’hui qu’Eyadema a disparu, ils relèvent la tête. Vous devez mieux expliquer ce que vous faites. Personne ne le fera mieux que vous. Vous devez rester dans le cadre constitutionnel et le faire comprendre. Organisez des élections libres et transparentes dans les délais légaux et évitez toute confrontation directe avec le peuple ».
Et le leader libyen d’ajouter : «ce qui s’est passé au Togo ce n’est pas un coup d’état mais la mort d’un Président. La vie des Etats est un compromis entre les exigences de la stabilité et celles de la légitimité. Il y a des circonstances où la stabilité et la paix sont plus importantes que le processus constitutionnel. N’oublions pas les précédents du Niger après la mort de Mainassara, la Centrafrique ou la Guinée Bissau. Je vous affirme quant à moi ma disponibilité pour aider à tout ce qui peut apaiser les tensions»
Il a tôt fait d’adopter Faure Gnassingbé. Il déclarera même « Faure c’est mon fils. » adoubant ainsi le successeur d’Eyadema.
La nuit tombe sur Tripoli. Au dehors, sur le port, à côté des gros navires, des misérables tentent de rejoindre l’Italie sur des embarcations de fortune. Toute l’autorité de la police libyenne ne suffit pas à empêcher cette reptation à travers le désert, du sud au nord, des déshérités chassés par la misère et attirés par les mirages de l’occident. Des peuples entiers souffrent de mal être tandis que le fossé se creuse entre riches et pauvres avec la dégradation des termes de l’échange. L’émigration est une pulsion vitale qui fait préférer le risque au statut quo. Plutôt que d’attendre de voir leurs corps rongés par la misère, les candidats à l’émigration préfèrent risquer leur vie. L’Afrique unie doit faire entendre sa voix pour obtenir plus de justice et plus de progrès. C’est ce message que le guide libyen souhaite délivrer avec l’ardeur d’un prophète .
Les chevaux arabes sont secs et nerveux. Les cavaliers contiennent leurs forces pour les exalter dans de futurs assauts. Dans la profondeur de la nuit du désert, la nature parait s’être assoupie. Et, soudain le galop des chevaux martèle le sol dans une fanfare détonante. Kadhafi redresse la tête et sourit comme s’il trouvait une jouissance dans cette expression de puissance. Un instant, il peut rêver à une Libye déchainant ses capacités et rejoignant le sprint des vainqueurs.
Charles Debbasch
mardi, décembre 04, 2007
FRANCE ALGERIE QUELLE REPENTANCE?
HISTOIRE QUAND TU NOUS TIENS
L’actuelle visite de Nicolas Sarkozy en Algérie oblige les deux Etats amis à revisiter le passé. Ce n’est pas facile car chaque pays voit l’histoire au bout de sa lorgnette et les deux matériels ne sont pas compatibles.
La France fut une Nation colonisatrice en Algérie et ailleurs. Elle se croyait porteuse d’une mission civilisatrice et elle exportait dans ses « possessions » ses hommes, ses idées, ses modes de vie. A l’époque, la colonisation était considérée comme légitime et personne ne se préoccupait du degré d’adhésion des populations locales. En Algérie, plus qu’ailleurs l’assimilation fut poussée jusque à ses extrêmes. L’Algérie était un (puis des) département français intégrés dans la République.
Progressivement, une Nation algérienne s’est affirmée et a cherché à construire son Etat. La guerre vit s’opposer la volonté d’émancipation et l’exacerbation de l’assimilation en intégration. Comme toute guerre, celle-ci eut son cortège d’atrocités dont furent victimes des Algériens et des Français innocents.
Rien ne justifie la torture, le viol, la force brutale. Peu importent après tout le repentir ou les excuses. Ce qui est fondamental est que tous s’accordent à reconnaître le caractère illégitime des actes contraires au droit des gens qui furent commis.
Mais, les deux peuples ne doivent pas construire leur avenir dans un rétroviseur. Ce n’est pas en réveillant les fantômes du passé que l’on peut bâtir le socle d’une relation fructueuse.
Il appartient à la France et à l’Algérie de définir les axes d’une solide coopération culturelle, industrielle, commerciale pour enterrer définitivement les traumatismes et les aigreurs d’une histoire douloureuse.
Charles Debbasch
lundi, novembre 26, 2007
UNE GREVE REJETEE PAR L’OPINION PUBLIQUE
Après une semaine de grève dans les transports publics le temps de la négociation est venu. Il est vrai que, de jour en jour, le mouvement s’essoufflait et suscitait, une irritation croissante chez les usagers.
Comme après chaque mouvement de ce type, on se pose la question n’aurait-il pas été plus raisonnable de négocier avant ? Mais, on sait bien que les grèves sont comme les guerres, une confrontation pour déterminer la puissance respective des acteurs. Le conflit permet à chacun de calculer ce qu’il en coûte d’aller trop loin.
La grève dans les services publics ne se déroule cependant plus entre deux belligérants les employés et le gouvernement. Un tiers s’est glissé dans la confrontation : l’opinion publique. C’est elle que chacun des combattants doit convaincre.
Or, dans cette grève là, le gouvernement jouait sur du velours car il avait la majorité de l’opinion de son côté.
Comment justifier, en effet, ces régimes spéciaux de retraite d’un autre âge alors que les conditions de travail ont changé ?
Comment expliquer ces retraites de « jeunes » alors que la durée de vie s’allonge et que les cotisations des actifs ne permettent plus de supporter la charge des retraites ?
Conscientes de cette mauvaise presse de la grève, les principales centrales syndicales n’ont soutenu le mouvement que du bout des lèvres.
Tout n’est pas réglé mais la réforme devait passer ou casser. Elle est en bonne voie.
Charles Debbasch
jeudi, novembre 22, 2007
LA MISE EN EXAMEN DE JACQUES CHIRAC
JACQUES CHIRAC MIS EN EXAMEN
Ce mercredi 21 novembre 2007 marque un évènement majeur du fonctionnement de la justice française.
Pour la première fois, un ancien Président de la République française a été mis en examen. Au terme de trois heures d’audition au pôle financier du palais de justice de Paris, où il avait été convoqué comme n’importe quel citoyen, Jacques Chirac a été mis en examen par la juge Xavière Simeoni pour «détournements de fonds publics» dans le dossier des chargés de mission de la mairie de Paris. ll est reproché à l’ancien maire de Paris de 1977 à 1995 d’avoir recruté par complaisance des personnes qui n’occupaient pas d’emplois réels à la Mairie de Paris. Cette mise en examen a été rendue possible par l’expiration de l’immunité dont disposait l’ancien Chef de l’Etat.
On peut regretter que l’on vienne ainsi chercher noise, si longtemps après les faits, à un homme qui a occupé les fonctions les plus hautes de l’Etat et qui siège aujourd’hui en tant que membre de droit au Conseil Constitutionnel. Et , pourtant, la procédure suivie ne recèle rien d’anormal.
Rappelons tout d’abord que la mise en examen- qui a remplacé l’ancienne inculpation- laisse subsister la présomption d’innocence et ne préjuge pas de la décision qui sera prononcée au terme de l’instruction et de l’éventuel jugement. Regrettons simplement que la mise en examen soit trop souvent interprétée comme une déclaration de culpabilité.
Mais, pour le reste, il n’y avait pas dans la procédure d’autre issue que celle-là. Dans cette affaire, plusieurs anciens directeurs de cabinet du maire de Paris étaient mis en examen depuis cinq ans. Dés lors que Jacques Chirac perdait son immunité, il était évident qu’il ne pouvait avoir un sort différent que celui de ses collaborateurs.
Cependant il faut bien se rendre compte que cette affaire pose deux types de problèmes.
Nous sommes dans l’archéologie judiciaire. La mise en examen est prononcée pour des faits dont certains remontent à plus de trente ans. Est-ce bien le rôle de la justice de se prononcer avec autant de retard ? Alors et surtout que les mœurs et les lois ont évolué.
Ce qui est reproché à Jacques Chirac : utiliser des employés de la ville pour des fonctions politiques était courant à l’époque. Tous les partis politiques y avaient recours.
Mais , on ne peut reprocher aux magistrats de faire leur travail. La responsabilité de cette situation repose sur la classe politique et donc en partie sur Jacques Chirac lui-même.
Lorsque ont été votées les nouvelles dispositions sur le financement des partis politiques, personne n’a osé y inclure une amnistie pour les faits passés. Chacun a pensé être à l’abri de l’orage et a abandonné à leur triste sort les Emmanuelli ou autres Juppé qui ont été victimes de la rigueur de la justice. C’est cette attitude hypocrite qui est à l’origine de l’affaire Chirac et non la malveillance des magistrats.
Charles Debbasch
lundi, novembre 19, 2007
LE TEMPS DES GREVES
LE TEMPS DES MOUVEMENTS SOCIAUX
Après l’état de grâce, le temps des mouvements sociaux est arrivé .SNCF et RATP sont en grève depuis une semaine. Des mouvements sporadiques secouent les Universités. Les fonctionnaires vont à leur tour rejoindre le mouvement.
Certes, personne n’imaginait que les différentes catégories sociales touchées par les réformes Sarkozy accepteraient de voir leurs privilèges abolis sans protester. Mais, la question est posée d’évaluer l’importance de ces protestations et la marge de manœuvre du pouvoir.
L’opinion publique dans sa majorité ne suit pas le mouvement. Elle parait convaincue, pour l’instant, de la nécessité des réformes engagées. Sa préoccupation est le pouvoir d’achat. Seule une aggravation de la situation économique pourrait générer un mouvement populaire d’ampleur.
L’opposition politique est affaiblie. Elle parait gênée par ces conflits et a du mal à adopter une position commune.
Les centrales syndicales sont elles-mêmes en perte de vitesse. Elles ont du mal à encadrer un mouvement plus puissant à la base que soutenu par le sommet. C’est aussi ce qui rend les négociations difficiles.
Ces conflits illustrent la faiblesse du syndicalisme français qui est totalement à reconstruire. Il faut édifier de véritables centrales professionnelles puissantes à la place des syndicats politisés que nous connaissons. Cette mutation ne se fera pas en un jour.
Sur le fond, il faut à l’évidence que le gouvernement communique mieux sur les objectifs de ses réformes.
En politique, il ne suffit pas d’avoir raison. Il faut aussi convaincre.
Charles Debbasch
vendredi, novembre 16, 2007
LE DISCOURS AMERICAIN DE SARKOZY
STANDING SARKOVATION
Le discours prononcé par Nicolas Sarkozy le 7 novembre 2007 devant le Congrès des Etats-Unis restera dans l'histoire comme un monument érigé à l'amitié entre les Etats-Unis et la France. Rédigé avec talent, exprimé avec émotion, partagé avec chaleur, il a touché représentants et sénateurs qui se sont levés à plusieurs reprises pour manifester leur chaleureuse approbation. Ces « standing sarkovation »appuyées et répétées manifestaient la joie des élus de retrouver une France qui leur avait tant manqué.
Le discours agressif et sans concession de Villepin avait introduit une fracture entre les deux peuples. Ce qui avait choqué ce n'était pas tant la condamnation justifiée de l'intervention de Bush en Irak que la forme inutilement véhémente des propos du Premier ministre français.
Nicolas Sarkozy a su trouver le ton juste pour célébrer l'amitié franco-américaine tout en affirmant la continuité de la position française.
L'arbre irakien ne doit pas cacher la foret des valeurs partagées. L'appartenance commune de la France et des Etats-Unis au monde libre et démocratique représente un socle inébranlable du lien entre les deux peuples. «Les Etats-Unis et la France, ce sont deux nations qui sont fidèles à un même idéal, qui défendent les mêmes principes, qui croient dans les mêmes valeurs. En tant que Président de la République française, mon devoir c'est de dire au peuple d'Amérique que vous représentez dans votre diversité, que la France n'oubliera jamais le sacrifice de vos enfants, et de dire aux familles de ceux qui ne sont pas revenus, aux enfants qui ont pleuré des pères qu'ils ont à peine eu le temps de connaître que la gratitude de la France est définitive »
Qui peut en effet oublier l'appui décisif que les Etats-Unis ont apporté à la cause de la liberté ? Sans leur appui, sans le sacrifice du sang de leurs soldats, la barbarie nazie et l'oppression communiste n'auraient pu être extirpées.
Nicolas Sarkozy a exalté également les valeurs spirituelles et la vitalité du dynamisme américain : « L'Amérique incarnait pour nous l'esprit de conquête. Nous avons aimé l'Amérique parce que l'Amérique c'était une nouvelle frontière sans cesse repoussée, un défi sans cesse renouvelé à l'inventivité de l'esprit humain. Je l'affirme à la tribune de ce Congrès, la force de l'Amérique n'est pas seulement une force matérielle, c'est d'abord une force morale, une force spirituelle. Nul ne l'a mieux exprimé qu'un pasteur noir qui ne demandait à l'Amérique qu'une seule chose, qu'elle fût fidèle à cet
Idéal au nom duquel il se sentait, lui le petit fils d'esclave, si profondément américain. Il
s'appelait Martin Luther King. Il a fait de l'Amérique une référence universelle dans le monde. Et le monde se souvient de ces paroles que pas un jeune Français de ma génération n'a oubliées, les paroles de Martin LUTHER KING, des paroles d'amour, des paroles de dignité,des paroles de justice. Et ces paroles, l'Amérique les a entendues. Et l'Amérique a changé. Et les hommes qui avaient douté de l'Amérique parce qu'ils ne la reconnaissaient plus se sont mis à aimer de nouveau l'Amérique. »
Mais cet hommage rendu aux forces de l'esprit civique américain n'a pas pour autant conduit le Président français à une attitude de soumission. Il a affirmé l'ardente obligation pour les Etats-Unis de rester attachés à l'idéal de liberté, de défendre l'écologie, de lutter contre les dérives financières
La France est amie mais dans la sauvegarde de son indépendance, dans sa fidélité à l'Union européenne. «Au final, je veux être votre ami, votre allié, votre partenaire. Mais je veux être un ami debout, un allié indépendant, un partenaire libre. »
Nicolas Sarkozy a su, en l'espace d'un discours, effacer les scories de l'ère Ville pin, tisser la toile d'un nouveau partenariat avec les Américains et surtout toucher les coeurs. Un succès incontestable.
Charles Debbasch