FRANCOPHONIE : FORCES ET FAIBLESSES
A l'occasion du quarantième anniversaire de la francophonie, Nicolas Sarkozy a insisté sur les succès de l'univers francophone.
UNE FRANCOPHONIE RAYONNANTE
Le 20 mars 1970 à Niamey, 21 pays seulement avaient créé l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT). Cette instance -devenue en 2005 l'Organisation internationale de la francophonie (OIF)- rassemble aujourd'hui 70 Etats et gouvernements (56 membres et 14 observateurs) qui totalisent 870 millions d'habitants, soit 13% de la population mondiale. Un pays membre de l'Onu sur trois est aujourd'hui membre de l'OIF ou observateur. Il y a 200 millions de francophones de par le monde.
Le président Sarkozy a appelé les membres de l'Organisation internationale de la francophonie à faire de celle-ci une arme internationale contre le "monolinguisme" et la "monoculture" du monde anglo-saxon.
Il a également plaidé pour une transformation de cette organisation en bras politique des pays francophones. Elle doit rassembler derrière sa bannière tous ceux qui se sentent menacés par l'"aplatissement du monde" et porter des combats politiques comme la réforme de la gouvernance internationale, la lutte contre les changements climatiques, la réforme de l'Onu, le développement."A quoi cela servirait-il d'avoir des valeurs communes si nous ne transformions pas cette adhésion (...) en prise de positions politiques ?" a-t-il fait valoir. "Je vous garantis qu'à ce moment-là, on ne sera pas un sur trois à l'Onu, on sera beaucoup plus forts."
La défense de la francophonie doit aussi permettre d'assurer la diversité culturelle "Défendre notre langue, défendre les valeurs qu'elle porte, c'est au fond se battre pour la diversité culturelle de notre monde", a déclaré le chef de l'Etat français. "Le problème n'est pas l'anglais, le problème c'est le monolinguisme, c'est le prêt-à-porter culturel, c'est l'uniformité''
Nicolas Sarkozy a déploré le "complexe" d'une francophonie qui serait "la seule à ignorer sa force". Pour lui, nous ne sommes pas dans une forteresse assiégée.''
UNE FRANCOPHONIE DECLINANTE
Il n'empêche la francophonie ne se porte pas bien.
Notre diplomatie n'y a jamais vraiment adhéré. Les chantres de la francophonie furent de grands africains comme Senghor ou Bourguiba plutôt que des Français. Ce sont des politiques qui l'imposèrent au Quai d'Orsay dont la bureaucratie se complait dans un mondialisme dans, lequel la France se perd. .Nicolas Sarkozy a justement relevé l'"espèce de snobisme" des diplomates français "qui sont tellement heureux de parler anglais". "La francophonie est pour la diplomatie française une priorité. Encore faudrait-il que tous les diplomates français y croient", a-t-il déclaré. Il a invité les dirigeants des pays de l'OIF à défendre le statut de langue de travail du français dans les organisations internationales et exhorté leurs représentants à y être les "ambassadeurs de l'intransigeance francophone".
Le recul du français dans la vie internationale est consternant.
On ne recense actuellement que 200 millions de francophones dans le monde, dont 72 millions de "locuteurs partiels". Le français est la 9e langue de la planète, la 3e sur la Toile: 5% des pages internet sont rédigées en français, contre 45% en anglais et 7% en allemand.
La langue française perd de l'influence partout, sauf sur le continent africain, qui compte à lui seul 96,2 millions de francophones. A la Commission européenne, selon l'OIF, la part des documents d'origine rédigés en français est passée de 40,4% en 1997 à 28% en 2003 et sans doute un quart aujourd'hui.
La France, enfermée dans une vision trop hexagonale est souvent tentée de considérer le ''glacis'' francophone comme une charge plutôt que comme une chance. Les moyens de la francophonie ne sont pas à la hauteur des ambitions. Par exemple, les besoins pour la reconstruction d'Haïti se montent pour 2010 à un milliard d'euros. L'OIF elle n'a pu envoyer que 100000 euros.
Une langue forte doit être portée par une économie puissante.
Le déclin de la francophonie n'est guère que le reflet du déclin économique de la France.
Charles Debbasch
samedi, mars 20, 2010
FRANCOPHONIE:FORCES ET FAIBLESSES
mercredi, janvier 27, 2010
SARKOZY DANS LA FOSSE AUX LIONS
SARKOZY DANS LA FOSSE AUX LIONS
Les gouvernants -et particulièrement le Président de la République -font toujours l’objet de critiques contradictoires. S’ils se contentent de définir les lignes générales de la politique, on leur reproche d’être « éloignés des gens ».S’ils traitent des problèmes de terrain, on estime qu’ils perdent la majesté de leurs fonctions.
Voilà sans doute pourquoi Nicolas Sarkozy a découpé son intervention sur TF1 du lundi 25 janvier 2010 en deux séquences : au Journal télévisé pour définir les principes et face à un panel de Français pour montrer sa proximité avec les problèmes du quotidien
.Cette seconde partie était évidemment la plus difficile pour le Président. La conjoncture est morose et la crise touche les entreprises et les citoyens. Le Chef de l’Etat paraissait voué à être mangé tout cru dans la fosse aux lions.
Rien de cela n’est advenu. Malgré les redoutables attaques de certains de ses interlocuteurs-notamment celle d’un syndicaliste de l’automobile, Nicolas Sarkozy a réussi à convaincre.
Il est vrai qu’il possédait remarquablement ses dossiers. Il n’a jamais été pris en défaut.
Par ailleurs, il a su rester très calme et ne pas entrer dans les voies de la polémique.
Au total, le Président de la République a réussi une opération de communication particulièrement difficile. 8,6 millions de téléspectateurs en moyenne ont suivi l'émission du président de la République sur TF1.57% de ces Français ont été convaincus.
Cette performance remarquable est à elle seule un événement qui éclipse quelque peu les deux annonces importantes faites par le Président : le maintien de la retraite par répartition et la prévision de la baisse du chômage.
Le Sarkozy de TF1 était du meilleur cru.
Charles Debbasch
jeudi, décembre 03, 2009
LE NOUVEAU CABINET DE SARKOZY
LE NOUVEAU CABINET DE SARKOZY
Le danger des informations diffusées partout c’est que nos oreilles distraites ne saisissent que des bribes de phrases mal collées les unes aux autres et qu’à force d’être inondés de bruits nous sommes noyés sous le flot des informations.
Entre le troisième et le quatrième étage d’un grand hôtel parisien. J’avais vaguement entendu le mot Sarkozy et Cabinet. Avant de prendre à Orly un avion la radio difficilement audible dans le second sous-sol du parking, j’avais saisi des paroles décousues «Strauss-Kahn, Sarkozy, Cabinet ».Il n’en fallait pas plus pour que toutes ces nouvelles s’additionnent dans mon esprit et que j’imagine que le Président Sarkozy avait franchi un grand pas dans l’ouverture en appelant Dominique Strauss-Kahn au gouvernement. Arrivé à destination en écoutant France Info je découvris ma méprise : le Cabinet n’était pas celui que je pensais mais plus simplement les toilettes d’un centre de conférences !
Toutes les radios ne faisaient que reprendre une information publiée par l’hebdomadaire Le Point qui relatait un discret aparté entre le Directeur du FMI et le président français lors du sommet du G20 à Pittsburgh, le 25 septembre.
Durant une suspension de séance, Dominique Strauss-Kahn avait profité d'une rencontre improvisée aux toilettes avec Nicolas Sarkozy pour lui lancer cet avertissement : « J'en ai plus qu'assez des ragots répétés sur ma vie privée et sur les prétendus dossiers et photos qui pourraient sortir contre moi. Je sais que tout ça part de l'Élysée. Alors, dis à tes gars d'arrêter ou sinon je saisirai la justice. »
Le directeur du FMI s'indignait notamment d'une allusion de Frédéric Lefebvre à sa vie privée pour affirmer l'impossibilité de sa candidature en 2012, rapportée dans un livre paru quelques jours plus tôt (Hold-uPS, arnaques et trahisons, éd. du Moment).Le Président Sarkozy a eu beau protester de sa bonne foi, il n'empêche : irrité de voir certains commentateurs répéter les mêmes insinuations DSK a chargé son avocat parisien de déposer plainte contre « toute nouvelle assertion diffamatoire ».
Lors de sa conférence de presse du 28 octobre 1966, le général de Gaulle répondant à une question sur les marchés financiers avait prononcé une phrase devenue célèbre: « La Bourse, en 1962 était exagérément bonne. En 1966, elle est exagérément mauvaise, mais vous savez, la politique de la France ne se fait pas à la corbeille. ».
On pourrait ajouter, aujourd’hui que la politique de la France ne se fait pas au Cabinet.
Charles Debbasch
samedi, novembre 21, 2009
LA GUERRE DES STADES
LA GUERRE DES STADES
C’est aujourd’hui dans le sport que se manifeste le nationalisme. L’identité nationale que l’on prétend extirper d’ailleurs s’y affirme au grand jour. Chassez le nationalisme, il revient au galop.
Quatre incidents récents le démontrent.
L’AFFAIRE DE L’HYMNE SUD-AFRICAIN
Après la défaite en rugby de l'Afrique du Sud face aux Bleus à Toulouse, le sélectionneur des Boks Peter de Villiers a estimé que les Français n'ont «pas respecté» l'hymne national sud-africain, chanté par «quelqu'un qui ne chantait pas bien…Je ne veux pas revenir dessus mais c'est vrai qu'on attend juste un peu plus de respect pour notre hymne national comme partout dans le monde»,
Quant à Victor Mayfield le deuxième ligne sud-africain, il a souligné que «quand on met le maillot des Springboks, qu'on rentre sur le terrain et qu'on entend l'hymne, ça donne une motivation supplémentaire car on représente son pays. La manière dont il a été joué ce soir a été risible et d'ailleurs, les Français se sont mis à rire avant la fin. Ca a peut-être eu une influence sur la rencontre»,
En d’autres termes c’est la mauvaise exécution de l’hymne national qui aurait provoqué l’échec des Boks !
LE MATCH ALGERIE EGYPTE
C’est une quasi-déclaration de guerre qui a suivi la victoire de l’Algérie sur l’Egypte en qualification du Mondial 2010. Lors du match aller au Caire, le bus des joueurs algériens a été attaqué et des footballeurs ont été blessés. En représailles, des supporters des Fennecs ont mis à sac le siège algérois de Djezzy, compagnie de téléphonie mobile de l'opérateur égyptien Orascom. D’autres incidents ont sui le match retour qui s’est tenu au Soudan. En réaction l’Egypte a rappelé son ambassadeur en Algérie pour "consultations’’.Quant au Soudan il a convoqué l’ambassadeur égyptien pour lui demander des explications sur les mensonges colportés par la presse égyptienne sur des accrochages entre les supporters égyptiens et algériens. "Le ministère des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur d’Egypte pour l’informer du rejet par le Soudan des informations diffusées par des médias égyptiens concernant les événements d’après-match…Plutôt que de souligner tout ce que le Soudan a fait pour ce match, l’accueil, l’hébergement de près de 25.000 personnes et la sécurité", les médias égyptiens ont diffusé de "fausses" informations, a déclaré à l’AFP le porte-parole officiel de la diplomatie soudanaise, Moawiya Osmane Khalid.
LA VICTOIRE DE L’ALGERIE ET L’IDENTITE FRANCAISE
Sitôt la victoire de l’Algérie connue, les Champs Elysées ont vu déferler une nuée de jeunes Français, originaires d’Algérie, qui dans une sorte de manifestation communautariste ,sont venus fêter la victoire de « leur équipe nationale ».Le ministre Besson a aussitôt manifesté sa surprise en termes choisis : «Et quand des jeunes français font la fête pour l’équipe d’Algérie?
Je ne nie pas les tentations communautaristes, je les combats. Mais je ne veux pas créer d’épouvantail. La liesse est de droit, la joie est normale, les débordements et les casseurs sont inacceptables et il ne faut pas fermer les yeux là-dessus. Plus généralement, si des jeunes Français se sentent Algériens, cela confirme qu’il faut mettre au clair notre identité nationale. Nous devons amener ces jeunes à se revendiquer Français pleinement, dans un parfait équilibre de droits et de devoirs. »
LA MAIN DE THIERY HENRY ET FRANCE- IRLANDE
Une opportune main de Thierry Henry ayant permis à la France d’arracher, au détriment de l’Irlande, sa qualification pour le Mondial, le conflit a tout naturellement dégénéré sur le terrain diplomatique. Le ministre de la justice irlandais a souhaité que la FIFA (Fédération internationale de football) soit «mise au pied du mur» et qu'il fallait demander un autre match. «Je sais que nous ne l'obtiendrons jamais, car nous ne valons pas grand chose dans le monde du football, a-t-il déclaré au quotidien irlandais, l'Irish Times. «Mais nous devons faire la demande pour les milliers de supporteurs irlandais dévastés par l'issue du match».Quant à Nicolas Sarkozy, il a eu une attitude prudente .Il a reconnu s'être entretenu avec le premier ministre irlandais, Brian Cowen. «J'ai dit di à Brian Cowen qui est mon ami, combien j'étais désolé pour lui, combien j'avais apprécié la très vigoureuse et très talentueuse équipe Irlandaise».Mais il s’est refusé à toute autre intervention. «Si je me prononce vous allez encore dénoncer l'hyper président. Ne me demandez pas de me substituer à l'arbitre du match, aux instances du football français, aux instances du football européen». Et d'ajouter, «Allez, laissez-moi à ma place, tranquillement».
L’AFFIRMATION DE LA FIERTE NATIONALE
C’est sans doute parce qu’elle est bridée dans d’autres domaines que la fierté nationale s’exprime dans le domaine sportif. Que les grands événements sportifs remplacent les guerres, ce n’est sans doute pas un mal. A la condition que la fierté nationale n’autorise pas les débordements et les violences et que la guerre sportive des Nations reste civilisée. La loyauté et le respect des autres sont des vertus sportives que le sport business ne doit pas détruire.
Charles Debbasch
jeudi, octobre 22, 2009
JEAN SARKOZY N'EST QU'UN DES FILS DE...
JEAN SARKOZY N’EST QU’UN DES FILS DE…
Les medias paraissent s’étonner devant la perspective de voir Jean Sarkozy occuper un poste important dans les Hauts de Seine naguère gouvernés par son père. L’hérédité est pourtant , dans tous les domaines, une opportunité que les fils et les filles savent saisir.
Ces jours derniers les chaines de télévision et les journaux dissertaient sur les mérites du dernier livre de Justine Lévy « Mauvaise fille ».Auraient-ils consacrés tant d’attention à son auteur si elle n’avait pas été la fille de Bernard-Henry Lévy. Le livre aurait-il même été publié si son auteur n’avait pas bénéficié d’une aussi notoire ascendance ?
Le show biz et les journalistes si prompts à s’émouvoir de la candidature de Jean Sarkozy à la défense ne sont-ils pas les milieux dans lesquels l’hérédité et le copinage jouent le plus grand rôle ?
Yves d’Amécourt dans son blog recense quelques uns de ces héritiers ‘’La passion du cinéma, Eva Green l'a certainement héritée de sa maman, la talentueuse Marlène Jobert. … David Hallyday est le fils de Johnny et Sylvie, Laura Smeth est la fille de Nathalie Baye et de Johnny Hallyday, Romane Borhinger la fille de Richard. … La pétillante Jennifer Ayache a de toute évidence hérité du tempérament enflammé et fantasque de sa mère Chantal Lauby. … Christopher Stills, a interprété César, dans la comédie musicale Cléopâtre, il est le fils de Véronique Sanson. Michel Sardou n’est-il pas le fils de Fernand ? Et Jean-Paul Belmondo le fils de Paul ? …. Marilou Berry connaît par cœur le milieu du cinéma, elle est la Fille de Josiane Balasko et la nièce de Richard Berry. Anthony Delon n’est-il pas le fils d’Alain ? Marie Drücker n’est-elle pas la fille de son Père et la nièce de son Oncle ? Julie et Guillaume Depardieu ne sont-ils pas les enfants de Gérard ? Thomas Dutronc est aujourd'hui en passe de se faire un prénom. Arnaud est le fils de Patrick Poivre d’Arvor. Nicolas Madrelle est le fils de Philippe Madrelle. Marie-Christine Darmian est la fille de Jean-Marie Darmian. Filles de Jane Birkin, la plus célèbre de nos Anglaises, Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon ont pour papas : le chanteur et poète Serge Gainsbourg pour la première et le réalisateur Jacques Doillon pour la seconde’’
Les grandes dynasties industrielles et financières illustrent elles aussi le poids de l’héritage. : les Dassault, Rotschild, Arnaud, Pinault, Lagardère, Hersant enracinent leur pouvoir dans la société en le transmettant à leurs héritiers
La classe politique connait le même phénomène. Martine Aubry premier secrétaire du Ps et maire de Lille est la fille de jacques Delors. Le président du conseil constitutionnel Jean-Louis Debré est le fils de l’ancien premier ministre du général de Gaulle Michel Debré et son frère jumeau Bernard est député du seizième arrondissement de Paris. Marine le Pen est la fille de jean marie et George Bush junior était bien le fils de George Bush.
L’hérédité est à l’évidence un accélérateur de carrière. Mais si elle peut permettre d’accéder plus vite à des responsabilités, elle ne peut être un substitut à la compétence. Le coup de pouce héréditaire demande à être transformé. Dans une société démocratique, si l’héritier n’allie pas la compétence au sang, il sera vite dépassé, oublié ou éliminé.
Charles Debbasch
mercredi, octobre 21, 2009
LA REFORME SARKOZY DES COLLECTIVITES TERRITORIALES
LA REFORME SARKOZY DES COLLECTIVITES TERRITORIALES
En ces temps difficiles, il faut du courage , sinon de la témérité, pour amorcer les réformes de l’univers local. Le général de Gaulle qui s’y était aventuré en 1969 vit les Français rejeter le referendum qu’il avait organisé à ce sujet. Le poids des élus territoriaux est tel qu’ils constituent un maillage serré du territoire qu’il est difficile de dénouer. Pourtant chacun le reconnaît l’univers local français doit être réformé. Non pas pour recentraliser la France mais tout au contraire pour donner toute sa vigueur à la décentralisation. En dévoilant, le 20 octobre, à Saint-Dizier les principales orientations de la réforme des collectivités territoriales, le chef de l'Etat a proclamé avec force "Comme la démocratie, la décentralisation est devenue un bien commun…C'est en réformant l'organisation territoriale que nous conforterons la décentralisation et les libertés locales. C'est en ne faisant rien que nous les affaiblirons".
Chacun connaît les tares de notre univers local. Sous le couvert de la décentralisation se sont développées trop de collectivités aux compétences enchevêtrées .Elles ont crée des bureaucraties lourdes et coûteuses qui se développent sans contrôle. Le Président n’a pas été tendre dans son jugement sur nos structures actuelles. Il a critiqué vertement l'organisation actuelle du pouvoir: «surenchère», «saupoudrage, quand ce n'est pas simplement du clientélisme», une population «exaspérée», et des élus «ulcérés». «Dans l'enthousiasme général, on a multiplié les structures», créant un «écheveau de complexité».
Les réformes annoncées par Nicolas Sarkozy ont été préparées par le rapport Balladur et ont fait l’objet de nombreuses concertations préalables. Nul doute que l’examen parlementaire des textes adoptés en conseil des ministres fera l’objet d’études attentives et de débats passionnés.
UN CONSEILLER TERRITORIAL UNIQUE POUR LES DEPARTEMENTS ET LES REGIONS
La première des réformes annoncées vise à créer un conseiller territorial qui siégera à la fois au conseil général et au conseil régional.»Ce n'est ni la mort des régions ni celle des départements, c'est l'émergence d'un pôle région département doté d'élus communs». Cette seule réforme qui entrera en vigueur en 2014 permettra la diminution de moitié du nombre des élus : de prés de 6000 à 3 000.
Le conseiller territorial sera élu dans des cantons dont la carte sera modifiée. Une refonte de la carte cantonale va donc toucher les 4039 cantons que compte la France.
Les conseillers territoriaux seront élus au scrutin uninominal à un tour. Le candidat arrivé en tête au premier tour sera élu. Une partie des sièges - environ 20%- sera toutefois attribuée à la proportionnelle selon la méthode dite «du plus fort reste».
LA FIN DE L’ENCHEVETREMENT DES COMPETENCES
Pour lutter contre l’enchevêtrement des compétences dans un univers local où on ne sait plus qui fait quoi, seule la commune conservera une clause de compétence générale.les autres collectivités ne disposeront que des attributions spécifiques qui leur seront expressément conférées. "La seule manière de mettre un terme aux redondances, à la complexité des financements croisés et à la surenchère c'est de définir clairement les compétences de chaque collectivité", a affirmé Nicolas Sarkozy.
RECONNAITRE LE FAIT METROPOLITAIN
"Reconnaître le fait métropolitain, c'est permettre à nos grandes villes de dépasser le cadre rigide de notre organisation administrative", a plaidé Nicolas Sarkozy. De grandes métropoles verront le jour. Elles seront de deux catégories. D'abord des «métropoles d'un seul tenant», qui doivent compter plus de 450.000 habitants et pourront exercer les compétences du département et de la région, après signature d'un accord entre les collectivités locales. Huit villes pourraient être concernées : Paris, Nantes, Lyon, Bordeaux, Lille, Strasbourg, Toulouse et Marseille. Là où il n'y pas d’agglomération constituée, il y aura la possibilité de créer une «métropole multipolaire», a expliqué Nicolas Sarkozy, en citant le projet «Nancy-Metz-Thionville-Epinal».
L’ambition du projet Sarkozy est grande.il s’agit de contraindre les élus locaux à sortir des routines et à moderniser l’univers territorial."Prétendre que les collectivités ne font face à aucune difficulté, qu'elles peuvent rester à l'écart de modernisation du pays, qu'elles ne doivent pas contribuer à la réduction des déficits…c'est un déni de la réalité et une fuite devant nos responsabilités communes", a conclu le président.
Ouvert à toute nouvelle concertation mais décidé à corriger les vices de notre système territorial, le Président sait que la tâche sera difficile mais il sait aussi que le conservatisme est suicidaire.
Charles Debbasch
mercredi, juillet 08, 2009
LE REJET DE LA MOTION DE CENSURE DU PARTI SOCIALISTE
LE REJET DE LA MOTION DE CENSURE DU PARTI SOCIALISTE
Au lendemain de la constitution d’un nouveau gouvernement , le Parti Socialiste avait souhaité que la nouvelle équipe Fillon se soumette à un vote de confiance. Cette demande ayant été rejetée le PS a déposé une motion de censure.
Pour la défendre , le Parti de Martine Aubry a choisi Laurent Fabius .Ce dernier a pris une position de Sage dans le parti et il attend, comme un grand carnassier, que la guerre des cheftaines du parti s’achève par son propre sacre. L’ancien Premier ministre s’est voulu ferme et agressif. «Sarkozy s'est fait élire comme le candidat du pouvoir d'achat. Aux yeux de tous les Français, il est aujourd'hui M. chômage et M. déficit», a –t-il martelé. Ces propos ont été souvent couverts par les cris des députés de la majorité qui demandaient «le projet, le projet».
En fait de propositions, Laurent Fabius s’est contenté de reprendre sans originalité les classiques revendications du PS : comme la suspension du bouclier fiscal et des dizaines de milliers de suppressions d'emplois publics, l’allongement de l'indemnisation-chômage des travailleurs précaires et des CDD. A la fin de son intervention, brillante dans la forme mais sans originalité sur le fond, il a été applaudi par les députés PS qui lui ont offert une standing ovation.
La réponse de François Fillon était d’autant plus aisée que le PS était lui-même divisé sur l’opportunité de la motion de censure.
Selon Julien Dray, il s’agit en effet d’un choix «pas opportun à la veille du 14 juillet», et le député se demande, au surplus, si les difficultés rencontrées par le Parti socialiste ne sont pas l'illustration d'une «machine à bout de souffle», pas sortie «des méandres et des divisions».
Le Premier ministre a observé avec raison que la motion de censure arrive un mois après la débâcle du PS aux élections européennes. . «Il est plus aisé de blâmer que de décider».a martelé, le premier ministre .Il s’est gaussé d’une opposition qui n'a «ni projet, ni l'appui des Français». Citant Manuel Valls, le député-maire PS d'Evry, il a flagellé une gauche «victime du syndrome de Fort Alamo». Alors que majorité «ajuste ses stratégies et ses idées en permanence», la gauche qui «ne renouvelle aucune de ses propositions.
François Fillon a affirmé sa totale solidarité avec le Chef de l’Etat. Il a assuré qu'il restait chargé de «conduire la politique de la Nation», en vertu de l'article 20 de la Constitution. Avec Nicolas Sarkozy, «nous sommes complémentaires et soudés dans l'action, et aucun de nous deux n'a besoin de souligner que ‘lui c'est lui, moi c'est moi', a dit avec ironie le premier ministre en reprenant la formule utilisée par Laurent Fabius à propos de François Mitterrand.
Fort logiquement, la motion de censure n’a obtenu que 225 voix sur les 289 nécessaires. Confirmant son évolution vers la gauche, François Bayrou a joint son suffrage à ceux du PS et du PC réunis.
En résumé, le PS n’a pas réussi à se forger une nouvelle image à travers ce débat de censure tandis que François Fillon paraissait régénéré et très soutenu par les députés de la majorité.
Pendant ce temps, la gauche « caviar » parisienne avait trouvé un nouveau thème pour ses repas en ville. Etait-il oui ou non légitime que Denis Olivennes, le nouveau patron du Nouvel Obs, ait offert la une et les colonnes de l’hebdomadaire à Nicolas Sarkozy ? Débat vain puisque les lecteurs ont tranché et plébiscité ce numéro du journal.
Pour l’heure, Nicolas Sarkozy fait mieux vendre que la guerre des chefs au PS. Faut-il s’en étonner ?
Charles Debbasch
dimanche, mai 17, 2009
VERS UN MEILLEUR CONTROLE DE L'ACTIVITE DES JUGES D'INSTRUCTION
VERS UN MEILLEUR CONTROLE DE L’ACTIVITE DES JUGES D’INSTRUCTION
L’AFFAIRE LIBERATION
Pour une banale affaire de diffamation, le directeur de publication de Libération Vittorio de Filippis". avait été arrêté à son domicile, à l'aube devant ses enfants. Arrivé au commissariat, il avait dû se déshabiller avant d'être fouillé au corps à deux reprises puis présenté à la juge d'instruction Muriel Josié, qui l'avait mis en examen. Une procédure qui avait semblé excessive pour une simple affaire de diffamation pour laquelle aucune peine de prison n'est encourue. , François Fillon s'était dit "choqué par les conditions dans lesquelles Vittorio de Filippis avait été interpellé". Le Premier ministre s'était alors prononcé pour "une réforme profonde de la procédure pénale en France".
La chambre de l’instruction vient d’annuler la procédure au motif que les actions ordonnées par le juge. " n'étaient pas strictement nécessaires à la poursuite de l'instruction, ni proportionnées à la gravité de l'infraction".
C’est une évolution importante de la jurisprudence’.Depuis plus de dix ans je soutiens qu’avant même de réformer la justice, il faut rendre plus effectives les voies de recours dont disposent les justiciables.
Voici ce que j’écrivais (www.justdroit.com) à ce propos : «le juge judiciaire est en retard sur le contrôle exercé par le juge administratif. Plus généralement le contrôle du juge judiciaire sur les actes de police judiciaire reste le plus souvent à l’état embryonnaire. Il suffira à un juge d’invoquer les exigences de l’ordre public pour couvrir son action même lorsqu’elle conduit à limiter les libertés et la Chambre de l’instruction se contentera de cette référence incantatoire alors que le juge administratif examine si les exigences de l’ordre public sont réelles et s’il existe une stricte proportionnalité entre les exigences de l’ordre public et la restriction de la liberté. Ainsi, il apparaît qu’avant même de réformer le droit de la procédure pénale, il conviendrait de rappeler les règles essentielles qui fondent les compétences des agents de l’Etat et le contrôle qui doit peser sur leur activité. Le juge administratif a réussi à assujettir l’administration au respect du droit. Il revient au juge judiciaire de discipliner l’usage par ses membres ou leurs délégataires des importantes prérogatives qui leur sont données pour que leur usage redevienne conforme aux principes essentiels de l’Etat de droit. »
Il faut souhaiter que l’affaire Libération fasse jurisprudence et que désormais un strict contrôle soit exercé sur l’utilisation des prérogatives que donne le Code pénal aux autorités habilitées dans le cadre de leur activité de police judiciaire.
Charles Debbasch
mardi, mai 12, 2009
L'ETAT DE LA FRANCE VU PAR DES ANGLAIS
L’ETAT DE LA FRANCE VU PAR DES ANGLAIS
Pour The Economist : la France fait mieux que les Anglo-Saxons
Il est toujours intéressant de prendre en compte le jugement que les étrangers portent sur nous. A cet égard, la dernière livraison de l’hebdomadaire libéral britannique The Economist est particulièrement instructive. Il s’agit en effet d’un journal qui a toujours critiqué le modèle interventionniste français et qui a constamment marqué ses préférences pour le système libéral anglo-saxon.
Or, voici que la crise aidant, les vertus du colbertisme à la française apparaissent au grand jour. Et ce colbertisme a trouvé assez paradoxalement un nouveau chef de file, Nicolas Sarkozy.
The Economist remarque qu’« il a été en partie élu Président de la France en expliquant que le modèle français était moribond, et en vantant les louanges des modèles britannique et américain ».Mais, c'est le même homme qui a pris la tête de la croisade contre « le laisser-faire capitaliste », souligne à juste titre le magazine.
La chance de Nicolas Sarkozy c’est d’avoir hérité d’un système économique hier inadapté aux temps d’abondance et qui se trouve particulièrement convenir à l’époque de crise que nous vivons. La régulation du système économique par l’Etat est revenue à la mode .C’est ce qui permet à la France et aux Français de moins souffrir de la crise que les Anglais ou les Américains.
La thèse de l’hebdomadaire britannique est exacte à une condition prés. Il faut que la France sache faire le tri dans son appareil administratif entre les structures utiles et la mauvaise graisse.
La réforme de l’Etat est nécessaire pour pouvoir tirer profit, demain, de la reprise.
Charles Debbasch
dimanche, mai 10, 2009
LES DEUX ANS DE NICOLAS SARKOZY
LES DEUX ANS DE NICOLAS SARKOZY
Si l’on voulait une démonstration probante de l’erreur que fut le passage du septennat au quinquennat, il suffirait de contempler les débats qui entourent le deuxième anniversaire du mandat de Nicolas Sarkozy .Chacun se situe déjà en 2012 et tente d’anticiper les résultats de la future présidentielle.On en est pourtant loin et rien ni personne ne peut prévoir avec un degré sérieux de fiabilité les chances à la prochaine présidentielle de tel ou tel autre candidat.
I UNE APPARENCE DE SONDAGES CONTRADICTOIRES –
Pour l’heure des sondages en apparence contradictoires témoignent des hésitations de l’opinion.
Selon une première vague de sondages le président de la République serait le mal aimé des Français. D’aprés un sondage TNS Sofres Logica pour « Métro », 63 % d'entre eux perçoivent négativement son bilan .65 % se disent déçus par son action. Seul Jacques Chirac, en 2004, deux ans après sa réélection et après neuf ans de pouvoir, affichait une cote de confiance aussi basse. En mai 1997, après deux ans de mandat le fondateur du RPR disposait encore de 38 % de soutien. Quant à François Mitterrand, il comptait, lui, sur la confiance de 53 % de Français en 1984 et de 49 % en 1990, au même stade de l'exercice de la fonction.
Et pourtant, deux récents sondages donnent Nicolas Sarkozy très largement en tête au premier tour de l'élection présidentielle devant ses principaux adversaires de 2007, avec autour de 30 % des voix contre 21 % seulement à Ségolène Royal et 20 % à François Bayrou. Ainsi, le prétendu mal aimé est en tête dans les intentions de vote.
Ces sondages n’ont que l’apparence de la contradiction car ils reposent sur deux types de réponses différentes. Dans le premier cas, les Français manifestent leur impatience et leur désarroi devant la situation de notre économie et ils en font porter en partie la responsabilité sur les épaules du premier magistrat .Dans le second, ils manifestent clairement qu’en l’état actuel des choses Nicolas Sarkozy est néanmoins le meilleur candidat possible et que, si les élections avaient lieu demain, il serait sans doute reconduit.
II-DES CANDIDATURES QUI NE CONVAINQUENT PAS
En l’état actuel si la droite dispose en la personne du président d’un candidat incontesté, la gauche n’arrive pas à dégager un leader qui s’impose.
En raison de l’émiettement même des forces de gauche : Besancenot et Mélenchon font mouvement à part. Ils peuvent recueillir des suffrages mais n’ont aucune chance de se situer dans les deux premiers rangs.
Quant au Parti Socialiste, il traîne comme un boulet Ségolène Royal qui forte de son précédent score cherche à se perpétuer dans les premiers rangs mais une nuée de candidats potentiels qui va de Aubry à Fabius sans oublier Strauss-Kahn attend que l’audience de la Présidence de Poitou-Charentes s’érode définitivement Tout ceci fait désordre et ne laisse pas pour l’instant de porte ouverte au succès.
Là réside l’espoir de François Bayrou qui compte sur l’émiettement des forces de gauche pour forcer la porte du second tour et devenir le héraut d’un gaucho centrisme pour l’emporter sur Nicolas Sarkozy.
Si loin de l’élection, toute prédiction relève de la magie plutôt que de la science. Car il est vrai que tout dépendra de la situation économique mondiale et de l’équation personnelle de Nicolas Sarkozy dans trois ans.
III-LES MOINS ET LES PLUS DE SARKOZY
Toute politique de réforme provoque à mi-parcours l’impopularité car ceux qui souffrent des réformes sont touchés tandis que ceux qui en profiteront n’en ressentent pas encore les effets.
Il reste cependant que la conjoncture économique a quelque peu déséquilibré le Président et ses partisans.
Inspirés majoritairement par une culture économique libérale, ils doivent mettre en place des politiques interventionnistes pour conjurer la crise.
Partisans de la promotion de l’individu, ils doivent renforcer les solidarités pour protéger les faibles des effets douloureux de la situation économique mondiale.
Soucieux de réduire le poids de l’Etat et de la fonction publique, ils ne trouvent pas dans le secteur privé affaibli les forces de substitution nécessaires.
Il est alors inévitable que, malgré les incantations, les réformes proposées lors de la campagne présidentielle soient difficiles à mettre en œuvre et que dans une société traumatisée toute mutation déclenche son faisceau de divergences.
Il faut cependant mettre au crédit du volontarisme présidentiel le succès de la Présidence Française de l’Europe et le nouvel élan donné à la construction européenne. .De nombreuses mesures ont été prises en faveur des petites et moyennes entreprises. Le combat contre les délocalisations s’est accentué. La réforme des Universités a été lancée malgré les résistances.
Il faudrait certes que les nombreuses réformes engagées soient mieux pilotées dans leur mise en œuvre. Mais, enfin, le socle du changement se construit de jour en jour.
Et, jusqu’ici, la gauche qui critique s’est révélée incapable de présenter à l’opinion des alternatives crédibles. Ce qui explique que, même pour ceux qui n’approuvent pas sa politique, Nicolas Sarkozy reste le meilleur Président par défaut.
Charles Debbasch
lundi, avril 27, 2009
LA SIMPLE REPRIMANDE DU JUGE BURGAUD LE JUGE D'OUTREAU
LA SIMPLE REPRIMANDE DU JUGE BURGAUD
LE JUGE D’OUTREAU
Ainsi, après une longue délibération, le Conseil Supérieur de la Magistrature inflige une simple réprimande au juge d’instruction de l’affaire d’Outreau. Rappelons que ce juge est responsable de la détention à tort. pendant plusieurs mois de douze personnes, une treizième étant décédée en prison.
Cette peine apparaitra lègère alors que le CSM relève de graves fautes dans l’instruction. Dans ses motivations, le Conseil Supérieur de la magistrature estime que «l'accumulation» de «négligences», «maladresses» et un «défaut de maîtrise» dans la conduite de l'information judiciaire constituent «un manque de rigueur caractérisé».Le magistrat s'est le plus souvent contenté d'enregistrer les dénonciations et les déclarations des personnes entendues, sans tenter de clarifier les positions de chacun des mis en examen, victimes ou témoins, ou par la mise en évidence des contradictions apparues", estime le CSM. qui souligne l'absurdité de certains choix de Fabrice Burgaud. Ainsi, remarque-t-il, il a notifié à plusieurs suspects en 2002 la circonstance aggravante "d'actes de barbarie", estimant que les accusations de viols de deux enfants au moyen d'un animal étaient concordantes. Or, si l'accusatrice Myriam Badaoui évoquait un chien, un des enfants parlait "d'actes commis non sur lui mais sur deux chats et son chien, ainsi que sur des animaux à la ferme, tandis que l'autre enfant avait parlé de cochons, vaches, chèvres et avait dit avoir été sodomisé par un mouton", souligne le CSM.
On s’étonnera de la faiblesse de la sanction.Mais le CSM l’explique par le fait que le juge Burgaud n'est pas responsable du placement en détention des personnes mises en examen, et que son travail "n'a suscité à aucun moment d'observations de la part des magistrats, parfois très expérimentés, du siège ou du parquet", Mais on comprend aussi que le problème de l’affaire d’Outreau a été dés le départ mal posé.
Ce drame judiciaire a été présenté comme le résultat de la défaillance individuelle d’un magistrat. Or, comme dans de nombreuses déviances de la justice ce qui est en cause c’est une culture corporatiste et non une volonté de rechercher la vérité et de traquer les erreurs.
Dans l’affaire d’Outreau, l’erreur a été partagée par le juge certes mais aussi par les enquêteurs qui n’ont pas été pris de doutes, par le parquet qui n’a songé qu’à accuser, par les chambres de l’instruction qui ont validé les maintiens en détention.
Il faut avoir le courage de reconnaître qu’en matière pénale les voies de recours ne remplissent pas leur rôle. Certes en partie à cause de l’encombrement des juridictions qui n’ont pas le temps de réexaminer à fond les dossiers. Mais aussi par une culture de la connivence qui veut qu’un magistrat couvre en général par principe ses collègues. Même la Chambre Criminelle de la Cour de Cassation encourt ce reproche. De toutes les Chambres de la Cour de Cassation elle est celle qui exerce le contrôle le plus léger sur les arrêts qui lui sont soumis. Composée de trop d’anciens procureurs, elle incarne plus l’idéologie de la répression que celle de la défense.
Non le mal d’Outreau n’est pas guéri par la condamnation de principe du juge Burgaud.
Charles Debbasch
mardi, avril 07, 2009
EN FINIR AVEC LA GREVE RETROGRADE DANS LES UNIVERSITES
EN FINIR AVEC LA GREVE RETROGRADE DANS LES UNIVERSITES
Une excellente loi a organisé les bases d’une progressive autonomie des Universités. Dans l’application de cette loi, un décret contestable sur le statut des enseignants a été préparé. Ce qui a provoqué la naissance d’un conflit et le début de mouvements d’agitation. Ces dispositions contestables sont aujourd’hui retirées. Et pourtant la grève perdure et elle est souvent accompagnée d’actes de violence contre les personnes et contre les biens. Le blocage des cours pendant dix semaines met en péril la validation de l’année universitaire. Le moment est venu de dire stop à cette tentative d’utiliser l’Université à des fins politiques étrangères à sa vocation fondamentale.
Le Président de la Conférence des présidents d’Université ne s’y est pas trompé. Lionel Collet, président de Lyon-I, qui soutenait jusqu'ici le mouvement de protestation demande désormais son arrêt après ce qu'il juge être des concessions importantes du gouvernement. Mais une « coordination nationale des universités » appelle à une nouvelle journée de manifestation mercredi 8 avril. Et elle annonce que celle-ci sera suivie par d'autres journées de mobilisation au niveau national, les 28 avril et 1er mai.Quant au Snesup-FSU, syndicat des enseignants du supérieur il souhaite "ancrer [le mouvement] dans la durée, dans sa diversité tant dans sa nature que dans ses actions".
A l’évidence, le mouvement a perdu sa finalité corporative pour déborder sur le terrain politique. La chose n’est pas nouvelle. Chaque fois que la droite est au pouvoir, les forces d’opposition tentent d’utiliser le monde scolaire et universitaire contre le gouvernement et elles le font souvent avec succés.Parce que l’encadrement syndical du monde enseignant se situe plutôt à gauche. Parce que les professeurs sont traumatisés par les mutations rapides de l’éducation. Parce que les élèves et les étudiants sont aux premières loges de la précarité et sont les premières victimes de la crise.
Mais rien ne sert de ramer à contre-courant. La réforme engagée pour l’Université va dans le bon sens. Elle est destinée à moderniser les instruments de formation et à les adapter aux besoins sociaux. Elle vise à donner aux jeunes une meilleure formation. Elle est ainsi une arme essentielle pour la démocratisation de notre société.
L’Université française doit faire le pari de l’excellence. Elle doit avoir un fonctionnement régulier et serein. Elle doit adapter ses formations, mieux recruter ses maîtres, mieux les assister dans leur difficile mission, mieux les faire reconnaître et accepter par la société. Pense-t-on que la vision d’Universités en grève aux murs souillés de graffiti peut contribuer à une bonne image de ces institutions. Au lieu de se plaindre des grandes écoles, ne faut-il pas au contraire porter les Universités au plus haut et aider à leur reconnaissance.
La voie de l’autonomie progressive des Universités doit permettre à chaque établissement de trouver progressivement ses marques, d’affiner ses formations, de mieux choisir ses enseignants, de développer ses contacts avec le monde extérieur. S’y opposer c’est enfoncer les Universités dans le passé au lieur de les porter vers l’avenir. La tentation du chaos est mauvaise conseillère.
Le moment est venu pour chacun d’arrêter le massacre. Aux étudiants et universitaires de se remettre au travail pour reconstruire un enseignement d’excellence. Aux responsables politiques et gouvernementaux de prononcer les paroles d’amour et de compréhension qu’attend la communauté universitaire.
Il faut maintenant en finir avec la grève rétrograde dans les Universités.
Charles Debbasch
Président honoraire de l'Université de Droit , d' Economie et des Sciences d'Aix-Marseille
Président honoraire de la Conférence Nationale des Doyens des Facultés de Droit
Ancien Président du comité Consultatif des universités et du Conseil supérieur des Corps Universitaires (Droit Public )
mercredi, avril 01, 2009
TUTTI FRUTTI
Tutti frutti
Les chroniqueurs rapportent que Nicolas Sarkozy pour expliquer qu’il se sentait bien dans sa peau de Président aurait dit qu’il avait la banane. J e pense qu’il ne faisait pas référence à la banane des Antilles sur la peau de laquelle les institutions ont quelque peu trébuché mais à une banane du Mexique par exemple. On peut supposer qu’un président qui a la banane a aussi la pêche. Ce qui met en forme pour croquer la pomme. Cela vaut mieux que de sucrer les fraises ou être en situation de se faire porter des oranges
Michèle Obama, elle, a décidé de créer un jardin potager à la Maison Blanche. Elle s ennuyait sans doute de faire le poireau en attendant son Président de mari. Et puis les Etats-Unis n’ont plus un radis .Les constructeurs d’automobiles ne sont plus que des légumes. On se perd dans les salades des Madoff. Trop de sociétés sont dans les choux. L économie n’a vraiment pas la fritte.
Le moment est venu à Londres d’appuyer sur le champignon pour se sortir des cassis de la crise .Souhaitons à nos vaillants gouvernants d’affronter avec succès ces marmelades anglaises -au goût aussi indéfinissable que les compromis politiques- qui mélangent fort peu harmonieusement fruits et légumes
Charles Debbasch
mercredi, mars 25, 2009
OBAMA EN EUROPE
OBAMA EN EUROPE
Les deux principaux évènements qui conduisent le président Obama en Europe-le G20 et le sommet de l’Otan- sont une sorte de baptême du feu pour le leader de la Maison Blanche. Le chef de l’exécutif arrive en Europe avec une forte cote d’amour qui contraste avec le record d’impopularité de son prédécesseur. Il sera donc accueilli ave ferveur, curiosité et bienveillance. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y aura pas de difficultés à accorder les violons d’Obama et de ses homologues.
Sur le plan économique tout d’abord, le Président américain arrive fort de son plan de relance de 757 milliards de dollars. Il trouve que les efforts financiers des Européens ne sont pas à la hauteur de la crise. Mais les principaux acteurs européens estiment , quant à eux, que les Etats-Unis portent la responsabilité de la crise mondiale et qu’il leur appartient donc de réparer les pots cassés.
Sur le plan militaire, Barack Obama a amorcé un important virage. Il cherche à se désengager d’Irak et souhaite intensifier son action en Afghanistan et au Pakistan. Il demande donc aux Européens d’appuyer ce nouvel effort pour déraciner Al Quaida. Mais, sur la scène européenne, des voix s’élèvent pour s’interroger sur ces nouveaux axes et pour demander une plus grande participation à la prise de décision. La décision de Nicolas Sarkozy de réintégrer le commandement militaire de l’OTAN permettra sans nul doute à la France d’être mieux associée à la définition des lignes de force de la nouvelle politique militaire.
C’est, en tout état de cause, un dialogue amical qui se nouera à Londres et à Strasbourg entre la nouvelle étoile américaine et les leaders de la vieille Europe.
Charles Debbasch
STATISTIQUES ETHNIQUES ET EGALITE REPUBLICAINE
STATISQUES ETHNIQUES ET EGALITE REPUBLICAINE
Le principe d’égalité figure au premier rang de la devise républicaine. Il interdit tout type de discrimination fondée sur la race, le sexe ou l’origine sociale. Voici pourtant que, prétendant mieux lutter contre les discriminations, certains défendent l’idée de dresser des statistiques ethniques Ils arguent qu’en mesurant mieux la diversité ethnique de la société française, on pourrait davantage jauger le poids des discriminations et des inégalités dont certains groupes sont victimes.
Reste à savoir si cette mesure est licite ou même utile et souhaitable
STATISTIQUES PERMISES ET STATISTIQUES PROHIBEES
Le Conseil constitutionnel s’est prononcé dans sa décision du 21 novembre 2007« Considérant que, si les traitements nécessaires à la conduite d'études sur la mesure de la diversité des origines des personnes, de la discrimination et de l'intégration peuvent porter sur des données objectives, ils ne sauraient, sans méconnaître le principe énoncé par l'article 1er de la Constitution, reposer sur l'origine ethnique ou la race »
.En d’autres termes, il est possible de recueillir des statistiques portant sur le lieu de naissance, le nom, le prénom ou l’origine des parents mais non de collecter des données sur la race, la couleur de la peau ou l’appartenance ethnique.
REMETTRE EN CAUSE LE PACTE REPUBLICAIN ?
Les plus ardents défenseurs de l’égalité absolue veulent aujourd’hui remettre en cause ce distinguo et ils prêchent pour la libération des statistiques ethniques. C’est à leurs yeux une étape indispensable vers la mise en place d’une politique de quotas et de discriminations positives.
On voit immédiatement les dangers d’une telle politique.
Elle risque d’enfoncer un peu plus la France dans le communautarisme et dans le repli des groupes sociaux sur leur identité.
Alors que la France moderne doit rechercher à atteindre plus de justice par une meilleure intégration, elle peut faire tomber le pays dans l’impasse des diversités enfermées dans leurs tranchées.
Charles Debbasch
STATISTIQUES ETHNIQUES ET EGALITE REPUBLICAINE
STATISQUES ETHNIQUES ET EGALITE REPUBLICAINE
Le principe d’égalité figure au premier rang de la devise républicaine. Il interdit tout type de discrimination fondée sur la race, le sexe ou l’origine sociale. Voici pourtant que, prétendant mieux lutter contre les discriminations, certains défendent l’idée de dresser des statistiques ethniques Ils arguent qu’en mesurant mieux la diversité ethnique de la société française, on pourrait davantage jauger le poids des discriminations et des inégalités dont certains groupes sont victimes.
Reste à savoir si cette mesure est licite ou même utile et souhaitable
STATISTIQUES PERMISES ET STATISTIQUES PROHIBEES
Le Conseil constitutionnel s’est prononcé dans sa décision du 21 novembre 2007« Considérant que, si les traitements nécessaires à la conduite d'études sur la mesure de la diversité des origines des personnes, de la discrimination et de l'intégration peuvent porter sur des données objectives, ils ne sauraient, sans méconnaître le principe énoncé par l'article 1er de la Constitution, reposer sur l'origine ethnique ou la race »
.En d’autres termes, il est possible de recueillir des statistiques portant sur le lieu de naissance, le nom, le prénom ou l’origine des parents mais non de collecter des données sur la race, la couleur de la peau ou l’appartenance ethnique.
REMETTRE EN CAUSE LE PACTE REPUBLICAIN ?
Les plus ardents défenseurs de l’égalité absolue veulent aujourd’hui remettre en cause ce distinguo et ils prêchent pour la libération des statistiques ethniques. C’est à leurs yeux une étape indispensable vers la mise en place d’une politique de quotas et de discriminations positives.
On voit immédiatement les dangers d’une telle politique.
Elle risque d’enfoncer un peu plus la France dans le communautarisme et dans le repli des groupes sociaux sur leur identité.
Alors que la France moderne doit rechercher à atteindre plus de justice par une meilleure intégration, elle peut faire tomber le pays dans l’impasse des diversités enfermées dans leurs tranchées.
Charles Debbasch
vendredi, mars 20, 2009
CRISE MONDIALE ET POLITIQUE INTERIEURE
CRISE MONDIALE ET POLITIQUE INTERIEURE
Entre 1,2 millions (selon la police) et 3 millions (selon la CGT) de personnes ont défilé dans 229 manifestations à l'appel des huit syndicats (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC, Solidaires, FSU, Unsa). Ce nouveau rassemblement de masse ,après celui du 29 janvier, illustre l’inquiétude des travailleurs face à la dégradation de la situation économique.
L’objectif des syndicats était de conduire le gouvernement à renforcer les mesures de relance de l’économie. Mais, avant même le mouvement de grève, Nicolas Sarkozy avait fait savoir que le plan de relance resterait intangible. Cette position a été confirmée, au soir du 19 mars, par François Fillon. Le Premier ministre a dit comprendre une inquiétude qui est très légitime face à une crise mondiale d'une très grande gravité", Mais, il a exclu tout nouveau plan de relance. Selon lui, il faut "attendre" que le premier plan de relance de 26 milliards d'euros lancé en décembre "produise ses effets" et notamment "des emplois qui vont être sauvés et qui ont déjà été sauvés", "des mesures pour aider la trésorerie des entreprises", une extension du recours au chômage partiel et sa meilleure indemnisation. Un effort important a selon lui déjà été consenti avec la suppression des deux tiers provisionnels de l'impôt sur les revenus 2008 pour les foyers relevant de la première tranche d'imposition et le crédit d'impôt accordé à deux autres millions de contribuables."Six millions de Français vont voir leur impôt sur le revenu diminué en 2009 des deux tiers", a-t-il rappelé."Tous les Français comprennent qu'on ne peut pas aller au delà" car d'une part le déficit public, déjà "doublé" cette année en serait aggravé et "ce serait empêcher la reprise" alors que "des signes" dans ce sens existent "pour l'année 2010".
Trois enseignements peuvent être tirés de cette journée de manifestations.
Sous l’apparence d’un front uni de gauche politico syndical, une fracture existe entre les mouvements traditionnels et les « autonomes » à la mode d’Alain Besancenot qui cherchent à exploiter la crise actuelle pour arriver à un grand soir de révolte. On peut cependant constater que, jusqu’ici, le mouvement de protestation ne s’est pas transformé en révolution et que seuls de petits groupes ont cherché à en découdre avec la police.
Malgré la volonté gouvernementale de démontrer que la crise est importée et ne dépend pas de son action, l’opinion est tentée de faire supporter les conséquences de la crise au gouvernement en place. Le parti socialiste cherche à recueillir les fruits du mécontentement. Mais, les sondages démontrent que ses propositions ne sont pas jugées crédibles par l’opinion publique.
Si la majorité sarkozyste reste unie, il existe cependant en son sein des individualités qui sont tentées par les slogans de gauche visant « à faire payer les riches ».Le bouclier fiscal est devenu une sorte d’enjeu symbolique. Mais le Président Sarkozy a clairement exprimé que l’on ne toucherait pas à un des fondamentaux de sa doctrine.
Qu’il s’agisse de la majorité ou de l’opposition, la crise est en voie de créer de nouvelles lignes de fractures.
Charles Debbasch
vendredi, février 27, 2009
LES CHIENS DES PRESIDENTS
LE CHIEN DES PRESIDENTS
Pendant la campagne électorale, Michelle Obama avait promis à ses filles de leur offrir un chien. Restait à choisir la race de l’animal. Le choix était compliqué en raison des allergies de l'une des deux filles du couple présidentiel qui souffre d’une intolérance aux poils de chiens. Le nouveau First Dog sera de la race des chiens d'eau portugais. L'épouse du Président a expliqué son choix.Ces chiens «sont censés avoir bon caractère. Au niveau de la taille, ils sont un peu intermédiaires, ce n'est pas un petit chien, mais ce n'est pas non plus un gros chien. Et les gens que nous connaissons qui en ont s'extasient à leur sujet. Donc on penche pour ce choix-là."
Le labrador est lui le chien favori des Présidents de la République français. : Georges Pompidou - Valéry Giscard d’Estaing - François Mitterrand en ont possédé un. C’est bien la preuve que cette race est consensuelle au dessus des opinions politiques.Nicolas Sarkozy lui-même a possédé un labrador, Indie, couleur sable. Pour l’instant, il n’y a pas d’hôte canin permanent à l’Elysée. Mais on a pu voir le 21 juin dernier Nicolas Sarkozy exhiber le chihuahua à poils long de son fils.
Les chiens s’habituent tellement à l’environnement présidentiel qu’ils sont désorientés lorsque le mandat de leur maître s’achève. Sumo le gentil bichon du président Chirac vient ainsi de mordre le Chef d’Etat sortant. Quant à Baltique, le labrador femelle de François Mitterrand, elle se tenait droite et respectable à l'entrée de l'église de Jarnac, le jour des funérailles de son maître.
C’est sans doute le caractère impitoyable de la vie politique qui explique cet engouement des chefs d’Etat pour leurs chiens.
Dans l’univers politique féroce où la part faite aux sentiments est des plus réduites, c’est dans l’affection de leurs chiens que les hauts responsables trouvent une part d’humanité.
Les chiens leur permettent aussi de lancer un clin d’œil à l’opinion en montrant qu’eux aussi -comme tout un chacun - sont sensibles à l’amour des « toutous ».
Charles Debbasch
mercredi, février 25, 2009
LES CONSEQUENCES POLITIQUES DE LA CRISE ECONOMIQUE
LES INCIDENCES POLITIQUES DE LA CRISE ECONOMIQUE
Lors des premiers frémissements de la crise économique, on avait pu penser qu’il s’agissait d’un coup de vent passager. C’était une vue trop optimiste. Aujourd’hui, on se rend compte que l’on est face à un bouleversement économique durable qui entraîne nécessairement des conséquences politiques.
En période d’abondance, les égoïsmes triomphent et le règne du chacun pour soi l’emporte. L’expansion économique avait dévalorisé le rôle de l’Etat et provoqué une déferlante libérale. La crise économique, elle, exige une action accrue de l’Etat. Elle revalorise l’interventionnisme. L’Etat apparaît comme le seul régulateur suprême de la vie économique face à un marché défaillant. Dans une société où les forts deviennent plus faibles, les faibles se transforment en exclus que l’Etat doit protéger. Régulation et assistance retrouvent leurs lettres de noblesse dans les fonctions étatiques.
Il s’en suit inévitablement une revalorisation du rôle de la fonction publique chargée d’exercer des missions revivifiées. Les sondages démontrent que l’image de la fonction publique s’améliore en période de crise. D’après un sondage de l’institut Obea-Infraforces pour 20 Minutes et France-Info, publié le 3 mars, les fonctionnaires ont une bonne image auprès de 72% de la population. 57,2% des personnes interrogées (un échantillon national représentatif de 1.057 personnes) ont une «assez bonne» image des fonctionnaires et 15,2% une «très bonne» image. 11,9% en ont une «assez mauvaise» image et 4,3% une «très mauvaise». 11,1% disent que l’image qu’ils s’en font «dépend des fonctionnaires, des métiers» et 0,4% ne se prononcent pas.
Très logiquement les administrés pensent qu’il y a trop de fonctionnaires dans les administrations classiques comme les impôts, les préfectures, les mairies mais ils pensent que: leur nombre doit être augmenté dans les hôpitaux (pour 92,5% des personnes), dans la recherche (72,4%), dans l’enseignement (68,2%) et dans les forces de l’ordre (49,6%).Dans un tel contexte, le gouvernement ne doit pas renoncer à son plan de modernisation de la fonction publique notamment par la récompense des mérites .Mais il doit agir avec prudence dans le domaine de la réduction du nombre de fonctionnaires en ne touchant pas aux secteurs jugés prioritaires par l’opinion publique.
La crise entraînant un développement de l’inquiétude face à l’avenir, le pouvoir doit rassurer et pour ce faire il doit encore mieux expliquer et convaincre .
Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer aux réformes mais qu’il faut chaque fois mieux en faire comprendre l’intérêt. Il faut aussi éviter d’ouvrir trop de fronts qui ne peuvent que renforcer le trouble de l’opinion publique. En d’autres termes, il ne faut pas ajouter au désordre économique le désordre politique.
Personne ne conteste l’autorité du Président de la République sur les mécanismes institutionnels. Mais sa présence en première ligne sur trop de dossiers ne permet pas toujours aux autres organes de l’Etat comme le premier ministre ou les ministres de jouer le rôle d’amortisseur ou de conduite assistée qui est le leur. Or la crise économique tend les rapports politiques et exige donc un pilotage sans failles de l’appareil de l’Etat.
Toute crise économique nuit au pouvoir en place qui devient un bouc émissaire pour toutes les misères qu’elle entraîne. Le pouvoir apparaît ainsi plus vulnérable et les mouvements de rue sont plus faciles à conduire. Il est probable que sans cette crise l’agitation dans les départements d’outre-mer n’auraient pas pris l’ampleur que l’on constate. De même , les forces révolutionnaires ou autonomes se réveillent. D’où un foisonnement à gauche de mouvements divers sur les décombres du parti communiste. Le parti socialiste malgré ses profondes déchirures n’est pas mal placé pour les consultations européennes et régionales à venir. L’UMP, le parti du Président est en voie de rénovation. Elle doit concilier sa fidélité au chef de l’Etat et sa compréhension des aspirations populaires.
En tout état de cause, la crise est économique .Le verdict le sera aussi. C’est de l’aptitude du pouvoir à apporter les réponses économiques adaptées que dépendra l’évolution politique.
Charles Debbasch
lundi, février 16, 2009
UNIVERSITES:UNE BONNE LOI PERVERTIE PAR UN MAUVAIS DECRET
UNIVERSITES:UNE BONNE LOI PERVERTIE PAR UN MAUVAIS DECRET
La loi no 2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités (dite loi LRU ou loi Pécresse), a développé l'autonomie des universités. Elle prévoit principalement que, dans un délai de cinq ans, toutes les universités peuvent demander à accéder à l’autonomie dans les domaines budgétaire et de gestion de leurs ressources humaines et devenir propriétaires de leurs biens immobiliers. L'objectif est sain. Il s'agit de rendre les universités adultes et de leur permettre d'avoir la maîtrise de leur gestion et de leur fonctionnement. Bien entendu, cet objectif ne pourra être atteint que progressivement.
L'esprit bureaucratique s'est déjà infiltré dans l'application de la loi puisque le gouvernement a encouragé le regroupement des Universités pensant que de grands ensembles permettent de meilleures économies de moyens. C'est oublier que la révolte étudiante de 1968 avait conduit à la construction d'établissements de taille humaine et que le gigantisme pourra poser demain de délicats problèmes de gestion et d'ordre public. Décidément, nos bureaucrates ont la mémoire courte ( sur la réforme de 1968 voir Charles Debbasch, L'Université désorientée,PUF 1971).
Mais, c'est sur la question du statut des enseignants chercheurs qu'est intervenu un malencontreux décret qui a mis inutilement le feu aux poudres.
LE STATUT ACTUEL DES PERSONNELS
Le nombre d’heures de cours d’un enseignant-chercheur est jusqu’à présent défini par la loi : 192 heures de travaux dirigés (un cours magistral « valant » 1h30 de TD, le service se situait donc entre 128 et 192 heures). Les activités d’enseignement (les 192 heures en présence des étudiants, auxquelles s’ajoutent préparation des cours, définition des programmes, contrôle des connaissances, surveillance des examens, etc)représentent la moitié du temps de travail total, l’autre moitié étant consacrée à la recherche.
L'appréciation de la qualité de la recherche est remise à des instances nationales. Constituées par disciplines, elles sont en majorité élues.
L'HOSTILITE DE LA HAUTE FONCTION PUBLIQUE AU STATUT DES UNIVERSITAIRES
Il y a dans les couloirs des ministères des fantômes qui rodent : des textes préparés par la bureaucratie et que celle-ci tente d'imposer à un nouveau ministre. Le texte sur le statut des enseignants est de ceux là.
La haute fonction publique n'a jamais accepté le statut libéral des universitaires et elle a toujours cherché à bureaucratiser la condition des professeurs de l'enseignement supérieur en les soumettant aux horaires de droit commun de la fonction publique. Le décret Pécresse sur le statut des enseignants n'est que la reprise de cette classique divagation. Pour la première fois, il les astreint, comme l'ensemble de la fonction publique, à 1.607 heures d'activités : 800 heures liées à l'enseignement, (128 heures de cours, plus la préparation, le tutorat) et 800 autres liées à des activités de recherche « soutenues et reconnues ». C'est la disposition essentielle du décret. La spécificité du statut des universitaires est brutalement remise en cause.
De plus , les instances nationales représentatives des enseignants chargées d'apprécier la qualité de la recherche voient leurs attributions remises en cause. C'est désormais le président de l'Université qui tranchera en dernier ressort et qui pourra décider de doubler le service d'un enseignant s'il estime que la qualité de sa recherche est insuffisante. Disposition saugrenue:verra-t-on un mathématicien décider de la qualité de la recherche d'un juriste ou un philosophe apprécier les travaux d'un sinisant?
L'émotion de la communauté universitaire à l'égard du projet Pécresse est justifiée.
LES VOIES D'UN REGLEMENT
Conscient de la bévue commise, le Président de la République a souhaité que le texte du décret soit remis en chantier. Bien entendu il faut refuser catégoriquement la bureaucratisation du statut des universitaires. Mais quelques pistes d'évolution doivent rester ouvertes.
Au lieu de diminuer le poids des instances nationales élues qui apprécient la qualité de la recherche des enseignants,il faut les renforcer. L'idée d'une évaluation périodique ne peut être remise en cause.
Il manque à notre système, une évaluation de la qualité des enseignements dispensés. Celle-ci ne peut être effectuée qu'au niveau des Universités. Il faut que les responsables des Universités disposent des moyens d'incitation suffisants pour pouvoir récompenser les meilleurs;
Progressivement, il faudra que les universités disposent de chaires locales dont elles fixeront les règles de recrutement et les conditions de travail. Laissons aux universités le temps de mûrir leur autonomie et progressivement le nombre de chaires locales se développera.
L'Université française qui avec des moyens très limités exerce une fonction essentielle dans la société ne doit pas être bureaucratisée Elle doit être émancipée.
Charles Debbasch
Président honoraire de l'Université de Droit , d' Economie et des Sciences d'Aix-Marseille
Président honoraire de la Conférence Nationale des Doyens des Facultés de Droit
Ancien Président du comité Consultatif des universités et du Conseil supérieur des Corps Universitaires (Droit Public )