REFLEXIONS SUR UNE FRANCE A LA RECHERCHE DU BONHEUR
EN MARGE DES REFLEXIONS SUR LE RAPPORT STIGLITZ JE PUBLIE ICI QUELQUES EXTRAITS DE MON OUVRAGE MEMOIRES DU DOYEN D’AIX-EN-PROVENCE PARU EN 1996 (EDITIONS DU JAGUAR-ASSAS LIBRAIRIE 440 PAGES).
LA REDÉCOUVERTE DU BONHEUR
La France retient son souffle et attend la croissance. Passive, elle espère que le vent favorable se lèvera demain. Fataliste, elle pense que tout cela ne dépend pas d'elle mais des autres. Ce nouveau courant favorable est considéré comme la solution miracle à tous les problèmes. Nous attendons surtout de lui la reprise de l'emploi et le progrès du niveau de vie. Cette attitude passive est pourtant dangereuse. Un bon marin n'abandonne pas son embarcation au gré des vents, il les utilise pour la conduire. Nous sommes tentés, par ailleurs, d'oublier que le grand mal dont nous souffrons est de nature psychologique. Il ne se guérira pas avec une machine à laver ou une automobile de plus. Nous devons reprendre conscience que nous vivons dans une des plus heureuses nations du monde et qu'il dépend de nous de la maintenir à ce niveau et de la développer. L'économie est certes essentielle mais elle est seconde. C'est dans la mesure où nous reprendrons conscience de notre unité et de notre solidarité que nous retrouverons les chemins du bonheur. Notre système social en devenant trop compliqué nous a fait oublier que le bonheur se défie des équations et des théories complexes. Il suppose le respect d'un certain nombre de valeurs sociales. Le retour aux choses simples s'imposera dans les années à venir comme une évidence. Saisissons-la avant les autres.
Le dialogue
Les Français souffrent de leur isolement. Le dialogue avec les autres leur manque. L'être humain s'enrichit par ses contacts. Les Français qui courent découvrir le monde, peuvent-ils continuer à ignorer leurs concitoyens ?
La rupture du dialogue est la conséquence de l'urbanisation. Dans les villages et les campagnes d'autrefois, les Français se connaissaient et dialoguaient. En une trentaine d'années, ils sont plus de trente millions à avoir quitté les campagnes pour les villes. Les anciennes relations se sont distendues ou ont disparu. Les nouvelles ne se sont pas encore forgées. La télévision, l'automobile et les supermarchés ont accentué cet effet de distanciation. Nous pouvons dorénavant vivre sans contacts avec nos voisins. Les seules relations se situent dans le cadre des entreprises et là encore le dialogue a été trop souvent confisqué par les relations collectives et syndicales.
Certains pensent ce mouvement irréversible. Je suis convaincu qu'ils se trompent 11 suffirait pour les en convaincre de considérer le succès des communications électroniques du Minitel hier ou d'Internet aujourd’hui pour apprécier l'étendue du manque dont souffrent les Français. Rien ne remplace les relations individuelles et le dialogue social, s'il est nécessaire, ne remplit pas le vide de l'absence des relations directes.
Tout ceci peut paraître secondaire. Ce n'est pas du tout certain. En ces temps d'anniversaire de la Libération, les images me rappellent ce qu'elle fut dans mon enfance : non seulement une émotion collective mais aussi une occasion pour les Français de se parler, d'échanger leurs idées. Plus près de nous, mai 1968 fut une fête de la communication.
Dans la rue, dans les immeubles, dans les entreprises, les Français échangeaient leurs idées et débattaient. Faut-il attendre une nouvelle explosion, une nouvelle fièvre pour renouer les fils de la communication ?
N'est-il pas utopique de penser restaurer le dialogue autrement qu'autour des accidents de la circulation ou des incidents de la vie sociale ?
Je sais que l'on ne rétablit pas le dialogue par décret et que ni Lang ni Toubon ne pourront, par la loi, obliger les Français à se parler. Mais, je sais aussi qu'il suffirait de peu de chose pour que le dialogue se rétablisse. Imaginons déjà que nous échangions un sourire et un salut avec toutes les personnes qui se situent dans notre environnement, que nous amorcions, chaque fois que nous le pouvons, un dialogue et imaginons combien la vie sociale en serait transformée. Supposons encore que nous répondions avec gentillesse aux personnes qui nous demandent un renseignement, qu'au lieu d'échanger des quolibets nous partagions un sourire lorsqu'un incident bénin surgit dans la circulation automobile, que nous considérions l'autre, quel qu'il soit, comme un ami et non comme un ennemi, comme un allié et non comme un gêneur, la vie sociale en serait toute entière bouleversée. Il nous faudra vaincre un peu de timidité, beaucoup d'égoïsme mais en définitive nous retrouverons ce qui nous fait tant défaut, la conscience que nous ne partageons pas avec les autres une simple nationalité mais ce vouloir vivre collectif sans lequel une Nation n'est qu'un fétu de paille vulnérable et fragile.
L'altruisme
Le dialogue n'est pas une fin en soi. Si nous nous obstinons à voir dans chaque être humain un concurrent voire un gêneur, nous n'aurons aucun plaisir à dialoguer. Si, en revanche, nous voyons dans les autres citoyens les partenaires d'une même équipée alors nous percevrons combien le contact est positif et combien nous y recevons au moins autant que ce que nous y apportons.
Les deux utopies du vingtième siècle ont abouti à ruiner l'altruisme et à encourager des conduites destructrices des rapports sociaux.
Le collectivisme a développé la conception d'un État assureur tous risques des aléas de la vie collective. Il a développé chez les citoyens une mentalité d'assistés qui exigent tout de la collectivité et qui se rebellent devant toutes les obligations sociales.
L'individualisme, assimilé par abus de langage au libéralisme, a encouragé le règne du chacun pour soi, le déferlement des égoïsmes, le culte des forts, l'abandon des faibles.
Entre les individus s'est glissé un tiers, l'État impersonnel froid et distant. Il a accaparé toutes les relations sociales, s'est mis dans l'idée de régir par la règle de droit tous les rapports sociaux. Ainsi, s'est développée l'idée que l'autre étant protégé par l'État n'a pas besoin d'une autre assistance. Cette erreur collective a accentué la tendance à l'égoïsme qui existe dans chacun d'entre nous. Nous n'avons pas échappé à ce travers et nous en souffrons.
Nul être humain ne peut s'accomplir par lui-même. Il recherche toujours confusément à se mettre au service des autres : ses enfants, sa famille, son groupe social, ses concitoyens. Pour l'avoir oublié, notre société laisse les individus enfermés dans leur égoïsme.
Les Français commencent à sentir ce besoin de se mettre au service des autres. Toutes les grandes causes les mobilisent. S'ils sont réticents à payer de nouveaux impôts, on fait, en revanche, toujours avec succès appel à eux pour secourir les détresses des maladies, de la misère, des conflits. Certains escrocs médiatiques de la charité l'ont hélas, trop vite compris. Ne laissons pas aux spécialistes le monopole de l'altruisme. Les misères sont à notre porte. N'attendons pas que les autres soient dans la détresse pour nous porter à leur secours et surtout n'oublions pas qu'il n'est pas de misères que matérielles : aider quelqu'un à trouver un emploi, un autre à découvrir sa voie scolaire ou universitaire, tel autre à se sortir d'un mauvais cap sentimental ou d'une autre détresse affective, voilà des missions qui nous attendent chaque jour et qui nous feront redécouvrir que nous nous pensions à tort malheureux et que nous portons en nous des trésors de bonheur dont nous pouvons faire profiter les autres.
L'ouverture à la jeunesse
Une Nation sans jeunesse est condamnée. Une Nation qui n'offre pas à ses jeunes les moyens de s'insérer dans la société, manque à ses devoirs fondamentaux. Ce qui est vrai à l'échelle d'un pays est encore plus essentiel pour chacun d'entre nous. C'est par ses enfants que chacun de nous se projette dans l'avenir, développe sa générosité et se maintient plus longtemps à l'éveil de la société. Pourtant, comme tous les autres peuples nantis, nous avons de moins en moins d'enfants. Pire, notre société ne leur garantit pas un réel avenir professionnel et elle paraît avoir peur de leur dynamisme.
Je sais la masse des obstacles, des contraintes, des mauvaises raisons qui prétendent justifier cette attitude.
Le travail des femmes a fait beaucoup plus que la pilule pour la limitation des naissances. Les femmes veulent, comme les hommes, s'accomplir dans leur vie professionnelle et les enfants leur apparaissent trop souvent comme des empêcheurs d'avancer. Les politiques sont bien obligés de tenir compte du poids dans l'électorat des personnes âgées et du fait que tout effort pour changer la formation des jeunes génère des explosions. Tout ceci est dérisoire par rapport à l'enjeu. Il ne s'agit pas de trouver de bonnes raisons d'exclure la jeunesse, mais au contraire de se convaincre des mille et une raisons de s'ouvrir à elle.
Il n'y aura jamais aucun argument rationnel pour nous convaincre de procréer. C'est la loi de l'espèce, la transmission de la vie dans le désintéressement et la générosité. L'oublier, c'est se fermer la plus grande joie de l'existence et faire triompher les forces négatives sur celles qui poussent à la construction. Il fallait sans doute libéraliser la loi répressive sur l'avortement. Mais, c'est une honte pour notre société d'avoir banalisé un acte grave qui doit rester exceptionnel. On ne porte jamais impunément atteinte à la vie. Combien de femmes pleurent dans leurs quarante ans, les avortements de leurs vingt ans. Le choix de la vie est toujours positif. Ne l'oublions jamais.
Mais il ne suffit pas de procréer, nous devons avoir un comportement responsable à l'égard des jeunes. Il n'existe pas d'éducation sans transmission de valeurs, pas d'être adulte si ne lui ont pas été enseignées les contraintes de la vie. La société a prétendu faire ce travail à notre place et nous le lui avons volontiers abandonné. Nous exigeons tout des maîtres de nos enfants. Comme s'ils pouvaient se transformer en autant de parents. Nous nous plaignons de la dégradation de l'école alors qu'elle est en grande partie due à nos démissions. Nous écoutons le discours sur le chômage des jeunes et nous ne faisons rien pour y remédier. Alors qu'il ne s'agit pas que d'une affaire économique. C'est le choix d'une société qui renonce à une de ses responsabilités essentielles, aider tous les jeunes à trouver leur place.
Ne sommes-nous pas conscients que le problème est facile à résoudre dès lors que l'on accepte de surmonter les égoïsmes catégoriels et syndicaux ? Si, demain, chacun
d'entre nous décide de prendre en charge un jeune qui sort de l'école, l'aide à compléter sa formation dans l'entreprise et que cette incitation au travail remplace les aides stériles au chômage, imaginons combien, non seulement, le problème du chômage des jeunes s'en trouverait atténué mais combien aussi nous retrouverions notre crédit auprès des jeunes tout en permettant à notre pays de bénéficier de leur dynamisme.
L'ouverture à la jeunesse devrait être le premier commandement de notre reconquête du bonheur.
Le goût du travail
Qui aurait pu imaginer en 1935 que les Français de 1995 disposeraient de cinq semaines de congés payés ?
Qui peut, aujourd'hui, affirmer avec certitude de combien de jours de vacances les Français disposeront dans trente ou soixante ans ?
C'est dire que tous les propos passéistes qui souhaitent le retour aux contraintes du travail de jadis sont hors de saison. Les Français sont-ils plus heureux pour autant ?
La réponse est loin d'être évidente.
L'augmentation des temps de loisirs crée de nouveaux besoins financiers et donc de nouvelles frustrations. Elle ouvre donc le champ à de nouvelles inégalités : ceux qui partent et ceux qui ne partent pas, ceux qui vont loin et ceux qui bivouaquent à la porte de chez eux, ceux qui peuvent dépenser et ceux qui regardent les autres le faire.
Le développement des temps de loisirs génère d'autres illusions. Ceux qui rêvent à une société sans travail. Ceux qui imaginent que la réduction du temps de travail créera des emplois nouveaux. Ceux qui oublient que la plus grande partie de l'humanité accepte de travailler à des conditions où les Français ne veulent plus le faire. Plus grave, la valeur du travail est méconnue. Quantité d'emplois ne trouvent plus preneurs parce qu'ils ne sont pas considérés comme assez nobles. La qualité même du travail s'en ressent. Nous le constatons chaque jour. Nous rencontrons quantité de gens qui font mal leur travail, qui considèrent leur salaire comme un dû et leur travail comme une obligation secondaire.
Nous avons sans doute quelque excuse à nous comporter ainsi. En une génération, les Français ont quitté en majorité les professions indépendantes pour devenir des salariés. Les mentalités ne se sont pas adaptées et les nouvelles méthodes de commandement et de motivation ne se sont pas encore développées. Si le travail est noble, ceux qui l'accomplissent le sont aussi. Ils ne sont pas des produits jetables après usage. Ils ne sont pas davantage des robots que l'on commande sans discernement. Le libéralisme échevelé est un non-sens. Le libéralisme trouve son fondement dans le respect de l'être humain. Il ne peut être la résurgence de la société sauvage.
Or, le discours économique dominant est formé d'un singulier mélange entre les thèmes du marxisme et une sorte d'hédonisme béat. La dévalorisation du travail ruine progressivement l'économie.
Le choix entre le travail et le farniente résulte de motivations diverses où la psychologie et les réactions individuelles prennent une grande part, mais où les réflexes collectifs ne sont pas indifférents.
Chacun d'entre nous effectue consciemment ou non, à chaque moment, une évaluation de ce que lui rapporte un surcroît de travail par rapport à l'effort qu'il lui demande. Tout développement des mécanismes d'assistance sociale accroît la masse des assistés. Toute augmentation du revenu minimum garanti ou des prestations sociales pouvant être obtenues sans travail augmente le nombre de ceux qui auront intérêt à délaisser le travail pour devenir des assistés. Toute augmentation des impôts sur les "hauts revenus", entraîne une réduction de la quantité de travail dans cette catégorie sociale : moins de travail pour gagner moins d'argent, plafonner ses revenus pour limiter la progressivité de l'impôt. Le développement inconsidéré de la protection médicale aboutit également à réduire le travail : tout être humain est un malade qui s'ignore, la maladie peut, dans certains cas, devenir une alternative au travail. En détruisant la valeur sociale du travail, on introduit un virus dangereux dans notre économie. La mise au pilori du travail porte le germe de l'autarcie, du nationalisme économique.
L'augmentation incontrôlée du coût de l'heure de travail serait à la rigueur possible si nous vivions dans une économie fermée. Elle entraînerait d'ailleurs, même dans ce cas, à bref terme, une régression de notre niveau de vie. Dans la société économique internationale ouverte d'aujourd'hui, nos productions sont concurrencées par celles d'États qui exaltent les vertus du travail et de la discipline dans les entreprises. Un pays comme le nôtre condamne son économie au déclin en augmentant la charge financière du travail. La tentation est alors forte pour les gouvernants, afin de différer la mise en évidence de leurs échecs, de fermer les frontières et de défendre le nationalisme économique. Le slogan "consommez français" signifie tout simplement que par une politique de Gribouille, nous cherchons à continuer à pratiquer la démagogie dans les entreprises sans en payer la not.
En matière de travail, le choix pour la France est simple. Il est entre un nationalisme d'assistance et de régression et un internationalisme de compétition et de progrès.
Notre société n'a de chances de retrouver la croissance que par une revalorisation du travail, du sens de l'effort et de la compétitivité.
Cette politique doit porter en premier sur l'éducation, c'est là que doit se faire l'apprentissage de l'excellence et de la compétition. Les socialistes ont confondu démocratisation et nivellement par le bas. Il faut à notre pays une génération de gagneurs capables de le tirer vers le haut et non une niasse de spectateurs geignant devant leur propre inaptitude. Il nous faut également redécouvrir la fonction sociale du travail à tous les échelons. Il est l'un des moteurs essentiels du progrès. Les socialistes ont bercé les Français d'illusions en les invitant à se comporter comme des cigales. Le résultat ne s'est pas fait attendre. Après avoir réduit le temps de travail et généralisé la cinquième semaine de vacances, le gouvernement avait dû ponctionner les revenus et contingenter les devises. Ceux qui ont invité les Français à se comporter en cigales les ont trompés. Il faut que nous retrouvions le goût du travail bien fait à tous les échelons, que nous redécouvrions qu'il nous apporte une de nos plus grandes satisfactions : savoir que nous occupons bien notre rôle dans la société et que nous sommes capables de nous élever et de mieux nous valoriser nous-mêmes par notre travail. Peut-être, alors, redeviendrons-nous capables de siffler en travaillant.
Le respect de la collectivité
Nous avons la chance d'appartenir à une communauté, à une Nation paisible, ordonnée et dans l'ensemble bien gouvernée.
En avons-nous conscience ?
Je n'en suis pas certain car on ne nous l'a peut-être jamais appris. L'éducation et les vertus civiques paraissent démodées et on n'ose même plus nous en parler.
Il y a, je sais, tout ce qui ne va pas dans notre société et qui peut servir d'alibi facile à tous les errements. Un peu comme le délinquant qui trouve une excuse dans ses méfaits parce qu'il a été sevré trop tôt ou l'enfant gâté qui ne voit que ce qui lui manque et ne sait plus apprécier ce qu'il a.
Respecter la collectivité, c'est respecter tout ce qu'elle nous apporte. Le respect des biens publics et des hommes qui les défendent est essentiel. L'écologie n'est pas seulement un discours de meeting. C'est une pratique quotidienne. L’avez-vous remarquée cette femme gâtée au volant d'une voiture de luxe qui, à un feu rouge, jette par la fenêtre toutes les saletés accumulées dans son véhicule ? Les avez-vous vus tous ces hommes qui, dans la rue, courbés en deux, ramassent toutes les déjections de ces Français qui ne pensent qu'à eux ?
Que dites-vous quand un malotru lacère les sièges du métro, détruit une corbeille à papier ou défonce une cabine téléphonique ?
Croyons-nous, vraiment, que la société est une vache à lait à laquelle nous ne devons rien et qui nous doit tout ?
Nous sommes nombreux à nous plaindre du retard de l'équipement scolaire, universitaire, sportif, et nous avons raison. Mais, que faisons-nous en retour pour faire respecter ces équipements construits à grands frais ?
Nous exigeons que l'État respecte nos droits et nous avons raison. Mais, ces droits comportent une contrepartie trop souvent oubliée, les devoirs civiques. Nous devons apprendre à les redécouvrir ensemble faute de quoi notre société deviendra une jungle où l'autorité de l'État sera rem-placée par un nouveau féodalisme, celui des gangs et des autres puissances privées.
Pouvons-nous continuer à nous plaindre du trop grand dynamisme des savants, des romanciers, des architectes, de tous les créateurs étrangers et nous endormir sur nos lauriers fanés ?
Ne pouvons-nous pas nous redonner une ambition créatrice au lieu de nous vautrer dans nos prétendus malheurs ? Je ne crois pas que la maladie de la classe politique soit à l'origine de nos maux. Je crois davantage qu'ils ne sont que le décalque de nos renoncements et qu'il ne tient qu'à nous de savoir redonner de l'ambition à toute notre société.
Chacun d'entre nous porte en lui deux forces opposées. L'une le pousse vers la création et ce qui est positif. Une autre, morbide, l'entraîne vers l'enfoncement, la destruction. Les sociétés obéissent à la même règle. Le début des renoncements est délicieux. Chacun fait ce qui lui plaît et profite avec volupté du laxisme ambiant. Puis, vient le temps des doutes. Chacun ressent que le désordre et l'avachissement ne peuvent plus durer et ressent un grand trouble. Nous en sommes là. A nous de décider si nous voulons vivre dans une société qui sombre dans la décadence ou si nous préférons aller de nouveau vers les sommets.
Notre avenir dépendra de la puissance d'initiative, de l'audace créatrice que nous développerons.
Charles Debbasch
samedi, septembre 19, 2009
LA FRANCE A LA RECHERCHE DU BONHEUR
vendredi, janvier 18, 2008
LES MUTATIONS DE LA POPULATION FRANCAISE
UNE POPULATION EN MUTATION
Le tableau démographique 2007 de l'Insee révèle les tendances lourdes des évolutions de la société française.
Pour la première fois en France , les naissances hors mariage sont majoritaires. En 2007, les naissances hors mariage ont représenté 50,5% du total des naissances contre 48,4% en 2006.
C’est la conséquence du lent déclin du mariage. 266 500 unions ont été enregistrées en France métropolitaine et dans les dom tom, contre 274 084 en 2006 et 305 385 en 2000.Lorsqu’ils se marient les Français le font de plus en plus tard. L'âge moyen au mariage, de 31,3 ans pour les hommes et 29,3 ans pour les femmes, a augmenté d'une année entière en moins de cinq ans. L’allongement de la durée des études et le travail des femmes sont à l’origine de ce phénomène.
Par ailleurs, l’institution du mariage a vieilli. Le thème de l’indissolubilité du mariage n’est plus de saison et les Français conscients de la précarité des unions et de la lourdeur et du coût des divorces hésitent à s’engager durablement.
Il est vrai qu’une institution parallèle le PACS poursuit son bonhomme de chemin avec 350 000 déclarations depuis sa création en novembre 1999. La progression des contrats conclus se poursuit à un rythme de 25 %, Il est à noter que contrairement à ce qui avait été envisagé à sa création le PACS concerne surtout des couples hétérosexuels dont l'Insee estime le nombre à 90 000 sur 2007, soit l'équivalent d'un mariage sur trois.
Les bébés sont revenus à la mode. Les vedettes du showbiz se flattaient voilà vingt ans de leurs avortements. Elles exhibent aujourd’hui leurs ventres ronds et leurs jeunes enfants. Le nombre de naissances a atteint globalement 816.500, .Ces enfants vivront de plus en plus vieux : : les plus jeunes Français ont gagné trois mois d'espérance de vie. Un garçon né en 2007 devrait vivre 77,5 ans et une fille 84,4 ans- le record européen de longévité.
Les françaises procréent de plus en plus tard. L'âge moyen des mères a augmenté à 29,8 ans en 2007 contre 29,7 les deux années précédentes .La proportion de nouveau-nés de mères âgées de 35 ans ou plus a atteint 21,1 % du total des naissances, contre 20,5 % l'année précédente et 15,5 % il y a dix ans.
Certes, la population française continue de vieillir mais moins que dans les autres pays européens.
C'est une France nouvelle qui se dégage de cette enquête. Une France plus libérale, moins emprisonnée dans les tabous sociaux. Des Français aussi qui hésitent entre un individualisme exacerbé et la recherche d’un bonheur à deux vécu dans une plus grande modernité.
CHARLES DEBBASCH
samedi, décembre 08, 2007
KHADAFI EN VISITE A PARIS
A l’occasion de la visite à Paris le 10 novembre 2007du colonel Khadafi, je publie le portrait que j’ai dressé de lui dans mon livre (La succession d’Eyadema, L’Harmattan 2006)
Il fut un temps où Kadhafi était considéré par les occidentaux comme un diable. On lui attribuait des pouvoirs maléfiques. Il figurait au tableau d'horreur de l’Occident. Les sanctions de l’embargo étreignaient la Libye. Il était en quelque sorte infréquentable.
Puis, progressivement, les choses ont changé. Le pays a voulu sortir de son isolement et a fait des ouvertures diplomatiques. Avec l’âge et l’expérience, le fougueux cheval a modéré ses ardeurs et ses excommunications, et il a surtout tissé sa toile africaine. Patiemment, inlassablement, le leader libyen a reçu les leaders africains, les a aidés. Il s’en est fait des alliés.
Dans l’Afrique francophone, il a tiré parti de la réduction de l’influence française pour pousser ses pions. Les chefs d’Etat africains ont trouvé auprès de lui l’écoute qu’ils regrettaient de ne plus avoir à Paris.
Kadhafi s’est toujours trouvé à l’étroit dans ce pays trop peu peuplé pour peser sur la scène internationale. Il a d’abord lancé ses pions unitaires vers le Maghreb. Il convainquit même un temps Bourguiba de fusionner son Etat avec le sien. L’union éclata au bout de quarante huit heures. Avec l’Algérie et avec le Maroc, les intérêts géopolitiques se heurtaient trop fort pour conduire à autre chose que des alliances de façade. Voilà pourquoi, Kadhafi a souhaité insuffler l’élan unitaire à tout le continent africain.
Son projet de constituer des Etats-Unis d’Afrique ne rencontre au début qu’une indifférence amusée. Mais, c’est mal connaitre l’obstination du colonel libyen que de penser le voir renoncer. L’Organisation de l’Unité africaine végète lamentablement. Kadhafi va alors mener un puissant travail de conviction pour favoriser les ralliements à son projet d’Union africaine.
Il va remarquablement réussir. Son apothéose se déroule à Lomé en juin 2000. Les Chefs d’Etat scellent la mort de l’OUA et la remplacent par l’Union Africaine. C’est le triomphe du guide libyen qui franchit la frontière entre le Ghana et le Togo au milieu d’une foule en liesse qui voit débarquer une sorte de cirque avec ses immenses tentes, ses amazones l’arme au poing, étrange mélange de grâce féminine et de force masculine, et surtout Kadhafi heureux de se livrer à un bain de foule et imaginant peut être à ce moment là qu’il est devenu le maitre de toute l’Afrique. Il s’ensuivra huit jours de délire pendant lesquels le guide qui a négligé les suites de l’hôtel Sarakawa s’est installé sous une gigantesque tente dressée dans les jardins.
Ce n’est pas par hasard que le sommet de l’unité se tient à Lomé. Longtemps, les rapports entre les deux Présidents ont été distants. Deux personnalités aussi fortes ont du mal à cohabiter. Le proverbe dit bien qu’il n’ y a pas de place pour deux crocodiles dans le même marigot. Les heurts s’expliquent aussi par des motifs plus politiques. Eyadema est le plus fidèle allié de la France en Afrique et il ne peut avaliser les menées subversives du Guide dans les anciennes possessions africaines. Quant à ce dernier, soucieux de prôner l’islamisme, il se méfie du protestant Eyadema qui invoque son Dieu à tout bout de champ.
Les montagnes finiront par se rencontrer et par nouer des liens d’amitié. Non pas, comme on le publie souvent, par la recherche par le Président togolais de l’argent de Kadhafi - Eyadema est trop fier pour devenir solliciteur. Mais parce que les deux chefs sont arrivés à une conscience commune : face à la mondialisation, l’Afrique ne peut s’en sortir que dans l’unité non pas contre l’Occident mais avec lui ou à tout le moins à coté de lui.
"Nous devons accepter la légalité internationale en dépit du fait qu'elle soit faussée et imposée par l'Amérique ou nous serons écrasés", estime le leader libyen.
« A l'avenir, la politique libyenne sera celle de l'Union africaine et par conséquent notre pays n'agira plus seul" sur la scène internationale, proclame le dirigeant libyen et il ajoute :
"Ceux qui accusent la Libye d'être un pays rebelle ne pourront plus défendre cette thèse…. »
"La Libye ne peut plus s'accrocher aux Arabes, étourdis par la mondialisation et par le processus de Barcelone et dont la Ligue, docile et inefficace, est incapable de rivaliser avec l'Union africaine".
"L'Afrique et non plus le pétrole est désormais l'espoir de la Libye", a-t-il dit.
La nouvelle donne de la politique libyenne a rapproché le pays de l’Europe. Romano Prodi président de la Commission de l’Union européenne est devenu un proche du Guide et cette proximité aidera le Togo à renouer des relations moins heurtées avec Bruxelles. Ce rapprochement de la Libye et du Togo induit de nombreuses visites togolaises au pays de Kadhafi.
Celui-ci adore recevoir et se distraire du quotidien national par l’irruption de l’international. C’est dans le désert à proximité de Syrte qu’il préfère accueillir ses hôtes. Sous la gigantesque et somptueuse tente verte décorée de rosaces dorées, il trône l’œil vif et malicieux lorsque son regard n’est pas voilé par des lunettes Ray Ban qui introduisent ici une touche d’américanisme incongru .Il est entouré par l’ambassadeur ministre Treki qui connaît tous les cadres dirigeants de l’Afrique comme s’il les avait faits. Son directeur de cabinet, Baschir Salaeh, exerce une influence discrète et efficace dans ce système de pouvoir fortement centralisé. Tard dans la nuit, les discussions se poursuivent autour d’un thé brulant qui suffit à peine à réchauffer des froidures du désert.
Kadhafi refait le monde. Avec perspicacité, il dresse un tableau réaliste de l’état de l’Afrique. Il écoute si avidement tous les détails que ses interlocuteurs viennent lui donner qu’il en devient savant en géopolitique et à lui seul son propre service de renseignement. Promu au rang des sages, il conseille, recommande plus qu’il ne commande mais, à chacun de mesurer les risques s’il ne suit pas ses avis.
Pendant cette difficile campagne de succession, il nous reçoit à Syrte et à Tripoli alors que nous vivons des remous et des tensions. Il prend d’abord contact avec chacun de nous, se fait expliquer le rôle de chacun. Il n’ignore d’ailleurs rien de nos activités et décoche à chacun une flèche d’humour. Il me regarde, plisse ses yeux et me dit : « On m’a signalé que vous avez été le professeur du Roi du Maroc, Mohammed VI. Aussi, dorénavant, je considérerai que chaque fois que le monarque mènera une action que je n’approuve pas, vous en serez responsable.» Puis, Kadhafi se fait expliquer la situation au Togo. Il interroge, confronte nos dires avec ceux des agences de presse puis livre son verdict.
« Les difficultés internationales que vous rencontrez ne sont pas étonnantes. Pensez combien de dirigeants ont du courber la tête devant la puissance et l’autorité d’Eyadema. Ils se sont tus devant lui mais n’en pensaient pas moins. Aujourd’hui qu’Eyadema a disparu, ils relèvent la tête. Vous devez mieux expliquer ce que vous faites. Personne ne le fera mieux que vous. Vous devez rester dans le cadre constitutionnel et le faire comprendre. Organisez des élections libres et transparentes dans les délais légaux et évitez toute confrontation directe avec le peuple ».
Et le leader libyen d’ajouter : «ce qui s’est passé au Togo ce n’est pas un coup d’état mais la mort d’un Président. La vie des Etats est un compromis entre les exigences de la stabilité et celles de la légitimité. Il y a des circonstances où la stabilité et la paix sont plus importantes que le processus constitutionnel. N’oublions pas les précédents du Niger après la mort de Mainassara, la Centrafrique ou la Guinée Bissau. Je vous affirme quant à moi ma disponibilité pour aider à tout ce qui peut apaiser les tensions»
Il a tôt fait d’adopter Faure Gnassingbé. Il déclarera même « Faure c’est mon fils. » adoubant ainsi le successeur d’Eyadema.
La nuit tombe sur Tripoli. Au dehors, sur le port, à côté des gros navires, des misérables tentent de rejoindre l’Italie sur des embarcations de fortune. Toute l’autorité de la police libyenne ne suffit pas à empêcher cette reptation à travers le désert, du sud au nord, des déshérités chassés par la misère et attirés par les mirages de l’occident. Des peuples entiers souffrent de mal être tandis que le fossé se creuse entre riches et pauvres avec la dégradation des termes de l’échange. L’émigration est une pulsion vitale qui fait préférer le risque au statut quo. Plutôt que d’attendre de voir leurs corps rongés par la misère, les candidats à l’émigration préfèrent risquer leur vie. L’Afrique unie doit faire entendre sa voix pour obtenir plus de justice et plus de progrès. C’est ce message que le guide libyen souhaite délivrer avec l’ardeur d’un prophète .
Les chevaux arabes sont secs et nerveux. Les cavaliers contiennent leurs forces pour les exalter dans de futurs assauts. Dans la profondeur de la nuit du désert, la nature parait s’être assoupie. Et, soudain le galop des chevaux martèle le sol dans une fanfare détonante. Kadhafi redresse la tête et sourit comme s’il trouvait une jouissance dans cette expression de puissance. Un instant, il peut rêver à une Libye déchainant ses capacités et rejoignant le sprint des vainqueurs.
Charles Debbasch
mardi, décembre 04, 2007
FRANCE ALGERIE QUELLE REPENTANCE?
HISTOIRE QUAND TU NOUS TIENS
L’actuelle visite de Nicolas Sarkozy en Algérie oblige les deux Etats amis à revisiter le passé. Ce n’est pas facile car chaque pays voit l’histoire au bout de sa lorgnette et les deux matériels ne sont pas compatibles.
La France fut une Nation colonisatrice en Algérie et ailleurs. Elle se croyait porteuse d’une mission civilisatrice et elle exportait dans ses « possessions » ses hommes, ses idées, ses modes de vie. A l’époque, la colonisation était considérée comme légitime et personne ne se préoccupait du degré d’adhésion des populations locales. En Algérie, plus qu’ailleurs l’assimilation fut poussée jusque à ses extrêmes. L’Algérie était un (puis des) département français intégrés dans la République.
Progressivement, une Nation algérienne s’est affirmée et a cherché à construire son Etat. La guerre vit s’opposer la volonté d’émancipation et l’exacerbation de l’assimilation en intégration. Comme toute guerre, celle-ci eut son cortège d’atrocités dont furent victimes des Algériens et des Français innocents.
Rien ne justifie la torture, le viol, la force brutale. Peu importent après tout le repentir ou les excuses. Ce qui est fondamental est que tous s’accordent à reconnaître le caractère illégitime des actes contraires au droit des gens qui furent commis.
Mais, les deux peuples ne doivent pas construire leur avenir dans un rétroviseur. Ce n’est pas en réveillant les fantômes du passé que l’on peut bâtir le socle d’une relation fructueuse.
Il appartient à la France et à l’Algérie de définir les axes d’une solide coopération culturelle, industrielle, commerciale pour enterrer définitivement les traumatismes et les aigreurs d’une histoire douloureuse.
Charles Debbasch
lundi, mars 05, 2007
LE NOUVEAU REGIME POLITIQUE FRANCAIS
La France vit sous le régime de la Constitution du 4 octobre 1958, texte fondateur de la Ve République. adoptée par référendum le 28 septembre 1958.Mais , il ya bien peu de rapports entre le texte de 1958 et sa version actuelle.
En effet, la Constitution a été modifiée à vingt-deux reprises par le pouvoir constituant, (Parlement réuni en Congrès, ou directement par le peuple à travers le référendum.) La dernière modification du 23 février 2007 (Journal officiel du 24 février 2007) a porté sur trois points: le corps électoral de la Nouvelle-Calédonie, la responsabilité du Président de la République et l’interdiction de la peine de mort.
Tous ces changements n’ont pas la même portée. Certains sont justifiés par l’évolution du cours de l’histoire comme la suppression de la Communauté avec les Etats africains. D’autres relèvent de la mode comme l’insertion dans le texte fondamental de la Charte de l’environnement .D’autres sont plus profonds. Ils ont bouleversé l’équilibre constitutionnel prévu en 1958.
La modification giscardienne du mode de saisine du Conseil Constitutionnel a marqué un profond changement dans la tradition constitutionnelle française. L’absolutisme de la majorité était jusqu’alors un principe fondamental de la Ve République. En permettant désormais la saisine du Conseil Constitutionnel par soixante députés ou soixante sénateurs, la nouvelle rédaction constitutionnelle a donné à la minorité parlementaire la possibilité de mettre en échec pour inconstitutionnalité les lois votées par la majorité. Les opposants de droite ou de gauche ne se sont pas privés d’utiliser cette possibilité qui a permis un profond rééquilibrage des pouvoirs. La majorité parlementaire sait désormais qu’elle n’a pas le pouvoir de tout faire et qu’elle est soumise comme la minorité à la loi constitutionnelle.
La modification chiraquienne de la durée du mandat du Président de la République en 2000 a, elle-même, des conséquences profondes.
Le septennat donnait une grande autorité au Président de la République. Monarque républicain élu au suffrage universel, la durée de son mandat l’instituait en véritable détenteur du pouvoir d’Etat face à une assemblée plus fugace. Il pouvait, pendant son septennat, utiliser plusieurs premiers ministres et remodeler le gouvernement à sa guise. La réduction du mandat à cinq ans oblige le président à une gymnastique compliquée. Dés la troisième année, s’il veut garder son autorité il doit annoncer ou faire croire qu’il va se représenter. Manquant de continuité, il peut plus difficilement changer de Premier ministre ce qui renforce le pouvoir de Matignon. A vrai dire cette modification constitutionnelle a bouleversé les institutions voulues par le Général de Gaulle. Même s’il garde de grands pouvoirs, le Chef de l’Etat est sorti diminué de l’institution du quinquennat.
Doyen Charles Debbasch
vendredi, novembre 17, 2006
LA VICTOIRE DE SEGOLENE
La victoire au premier tour de scrutin sans contestation possible de Ségolène Royal à l’investiture socialiste a plusieurs significations.
Elle marque tout d’abord de façon claire l’insertion définitive des femmes dans la vie politique. C’est la première fois qu’un grand parti offre ainsi la première place à une femme. Et pas à n’importe quelle femme : une femme libre non mariée qui partage la vie du premier secrétaire du parti socialiste dont elle a plusieurs enfants. Elle incarne une nouvelle condition féminine, celle de la femme engagée dans la vie professionnelle émancipée et libre dans laquelle beaucoup de femmes se reconnaitront. C’est un fait majeur qui pèsera sur l’élection présidentielle car par son image novatrice cette candidature Royal enfonce quelque peu dans l’obsolète toute autre candidature.
Le succès de Royal signifie aussi que l’on s’était trompé en se risquant à prédire que les militants du parti pouvaient s’écarter du choix des sympathisants. Tout s’est passé comme si le processus avait reposé sur un courant d’adhésion populaire qui s’est communiqué aux sympathisants puis s’est propagé aux militants et aux apparatchiks. Les appareils partisans ne peuvent plus se replier sur leurs coteries. Ils dépendent de plus en plus de l’opinion publique. Les sondages qui ont révélé l’importance de l’adhésion populaire à la candidature Royal ont joué naturellement un grand rôle. Les deux rivaux de Ségolène se sont quelque peu trompés de combat en imaginant qu’ils pouvaient s’appuyer sur les structures du parti pour contrecarrer le succès de Royal.
L’ambigüité du discours de la candidate Royal l’a également servie. Sans se laisser emprisonner dans le programme du parti elle n’a pas craint de s’attaquer à des tabous pour les socialistes intégristes : respect des valeurs morales, lutte contre l’insécurité, service des enseignants et manifestement ces infidélités aux dogmes de la gauche ne l’ont pas desservie.
C’est pourtant là que va se jouer à présent le destin de la candidature Royal. La machine du parti va à présent se rassembler autour de Ségolène. Ses concurrents d’hier vont se mettre à son service. Ils vont chercher à l’enfermer dans un programme socialiste désuet et rétrograde qui ne correspond pas aux besoins de la société française. Difficile exercice d’équilibriste pour la candidate : trouver dans le parti la rampe de lancement mais choisir sa propre direction sans se laisser programmer comme un vulgaire satellite.
Doyen Charles Debbasch
jeudi, novembre 16, 2006
L’UMP vient de présenter un important projet de réforme : les fonctionnaires « devront démissionner de leurs fonctions lorsqu'ils choisissent d'exercer des responsabilités politiques ».Je dénonçais déjà dans un ouvrage publié en 1969 la bureaucratisation de la vie politique française (Charles Debbasch, L’administration au pouvoir, Calmann-Lévy). Depuis, ce phénomène n’a fait que s’accentuer. On recense dans l’actuelle Assemblée nationale, quelque 240 fonctionnaires sur 577 députés, soit 41 %. Les ministres étaient à 75 % des fonctionnaires dans le gouvernement Raymond Barre. À l'exception d'Édith Cresson, tous les occupants de Matignon depuis 1958 sont des fonctionnaires.
Cette sur représentation des fonctionnaires dans les fonctions politiques est due au privilège qu’ont les serviteurs de l’Etat. A la différence de ce qui se passe en Grande Bretagne, ils ne sont pas obligés de démissionner de l’administration lorsqu’ils se lancent dans la vie politique et ils retrouvent ipso facto leurs postes dans l’administration lorsqu’ils quittent la politique. Alors que les ouvriers, les cadres, les titulaires des professions libérales et autres partenaires du secteur privé n’ont aucune certitude de se réinsérer facilement dans la vie professionnelle au terme de leurs mandats.
La vie politique française est ainsi totalement bureaucratisée. A droite comme à gauche, l’approche est bureaucratique et favorable à l’extension du rôle de l’Etat. La machine étatique est ainsi lourde et mal contrôlée. Les règles de droit sont envahissantes et peu claires. Cette bureaucratisation explique aussi que la politique de la droite soit aussi interventionniste que celle de la gauche. L’Etat est le dieu des fonctionnaires et il ne sont pas prêts à en sacrifier une quelconque part. Voilà pourquoi la France est le pays le plus bureaucratise de l’Europe.
La réforme proposée par l’UMP est donc une avancée incontestable. Mais les élus issus de la fonction publique accepteront-ils de se faire hara kiri.
dimanche, novembre 05, 2006
BANLIEUES ET ORDRE PUBLIC
Puisque les médias avaient décidé de célébrer avec fracas le premier anniversaire des émeutes urbaines de l’an dernier, il fallait bien que quelques excités fêtent à leur manière cet évènement. Mais, le tragique s’est installé et l’incendie du bus de Marseille a marqué d’une pierre rouge cette lugubre commémoration.
On ne trouvera pas une seule excuse à ces actes de violence. Une société républicaine ne doit tolérer aucune violence d’où qu’elle vienne. La paix civile protège les faibles contre les forts, les honnêtes gens contre les truands. Aucune atteinte contre les personnes ou contre les biens même la plus minime ne doit être tolérée. La passivité et la démission sont les deux mamelles du désordre.
On a sans doute trop tardé à sévir contre cette délinquance soit disant banale qui commence par les graffiti, qui s’enfle des destructions des ascenseurs, des incendies de voiture, qui se déploie dans le racket, qui se nourrit des agressions. On a sans doute trop longtemps accepté l’intolérance au nom de la tolérance. Aucune excuse ne peut justifier l’inexcusable.
Il va falloir du temps pour remonter la pente car les mauvaises habitudes ont été prises et la sauvagerie ne se civilise pas par un coup de baguette magique. Mais il faut sans concession rétablir l’ordre sur chaque pouce du territoire.
Alors -j’entends bien- il faut aussi résoudre le problème du chômage, lutter contre les discriminations, défendre un habitat plus humain. Mais rien ne sera possible si avant tout l’ordre public républicain n’est pas imposé à tous avec une rigueur implacable.
Charles Debbasch
LES LEADERS DE LA COURSE PRESIDENTIELLE EN COMPETITION
Les élections présidentielles sont encore lointaines. A ce stade de la compétition rien n’est figé et tout est encore possible. C’est pourquoi les deux leaders des sondages Ségolène Royal à gauche, Nicolas Sarkozy à droite voient se dresser face à eux des candidats potentiels qui cherchent à renverser le diagnostic des sondages. Il existe cependant entre les deux compétiteurs de profondes différences de situations.
La candidature de Ségolène Royal a été imposée au Parti socialiste de l’extérieur par une sorte de vox populi qui a reconnu en elle une fraicheur étrangère au milieu politique traditionnel. Portée par cette vague populaire, la compagne du premier secrétaire du PS s’est progressivement affirmée. Mais, bien qu’elle ait reçu des soutiens de certaines fédérations du PS, elle n’a pas à ce jour été choisie par son parti. Ce qui explique que d’autres éminences du PS briguent le soutien du parti. Après le retrait de Lionel Jospin, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn s’opposent au grand jour à Ségolène Royal. Pour ses adversaires, le meilleur moyen de brider la candidature Royal est d’enfermer la présidente de Poitou Charente dans le cadre du parti. Alors qu’elle cherche une approche centriste, il faut l’obliger à faire sa bible du programme du PS. Alors qu’elle s’appuie directement sur l’opinion, il faut lui rappeler que seuls les adhérents du PS désigneront le candidat du Parti.
Tout autre est la situation du candidat Sarkozy. Il est lui le maître de l’UMP dont il contrôle strictement l’appareil. Sa désignation par le parti ne parait pas douteuse. Mais ses faiblesses sont ailleurs. Pour élargir sa base électorale, il doit marquer sa différence par rapport à Jacques Chirac. Mais, plus il le fait plus il mécontente le camp des chiraquiens qui inévitablement en viennent alors à songer à d’autres candidatures. Et, si Dominique de Villepin est pour l’heure quelque peu plombé par ses échecs, d’autres candidats potentiels existent comme Michèle Alliot-Marie ou Alain Juppé qui vient de reconquérir une virginité politique à Bordeaux. Sans oublier le suspense Chirac qui ne sera pas dénoué avant le début de l’année prochaine.
Ainsi, avec des situations fort différentes, chaque candidat potentiel doit s’imposer dans son propre camp. La compétition présidentielle est un moteur à deux temps : il faut d’abord s’imposer parmi les siens puis décompresser pour élargir sa base électorale.
mardi, octobre 24, 2006
LA REFORME HONTEUSE DE LA JUSTICE
Tous les magistrats honnêtes et responsables et ils sont légion auraient du se lever au nom de la justice et de la vérité et se demander : comment faire pour que cette déviance ne se conjugue plus au futur ? Le pouvoir politique porté par l’émoi populaire aurait du, dans la foulée, ouvrir une réflexion collective sur notre justice et porter une grande espérance de justice.
La vérité en aurait profité. La magistrature aussi qui aurait trouvé grâce à cet élan populaire plus de considération et plus de moyens. Au lieu de cela, on a assisté à un grand festival d’hypocrisie. Les syndicats de magistrats se sont drapés dans une sauvegarde absurde de privilèges car il n’est pas d’indépendance sans responsabilité et sans compétence. Les politiques, un instant stimulés par une commission parlementaire, se sont rappelés qu’ils sont aussi des justiciables sous les fourches caudines potentielles des magistrats. Et tous ces responsables se sont mis d’accord pour une réforme a minima , une sorte de parapluie pour se protéger de l’orage qui gronde.
C’est une grande occasion perdue. Une réforme honteuse qui ne fait que retarder la grande réforme de la justice dont la France a besoin.
Charles Debbasch
mardi, octobre 03, 2006
Présidentielle et coups bas
LES PREMIERS COUPS BAS DE LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE
Comme toute compétition, la campagne présidentielle a ses excès. Certains nous présentent les futurs candidats comme des saints, d’autres les diabolisent. Les coups pleuvent souvent bas et chaque campagne est accompagnée de ses rumeurs, de ses dénigrements, de ses attaques personnelles.
Dans chaque camp, un « vicieux » propose les attaques potentielles et les déverse perfidement par les canaux les plus discrets pour que la rivière devienne un fleuve dont on aurait perdu la source. Ces coup bas, on l’aura compris, ne portent pas sur le programme du candidat. Ils visent à ternir son image en s’en prenant à sa vie personnelle, à son entourage familial.
La précampagne de 1974 fut marquée par l’affaire de la feuille d’impôts de Chaban, celle de 1981 se déroula sous le signe des diamants de Giscard. L’actuelle compétition n’est pas en reste. Elle a connu sa première déviation avec la médiatisation démesurée des difficultés conjugales de Nicolas Sarkozy. Voici qu’aujourd’hui, on prétend découvrir qu’un des frères de Ségolène Royal Gérard Royal, a participé en 1985 à l’attentat contre le Rainbow-Warrior, le navire de Greenpeace coulé en 1985 par des agents français. Naguère les journalistes étaient friands des déclarations peu conformistes de la femme de Pierre Messmer. Ils s’excitaient lorsque Philippe Léotard s’épanchait sur son frère François .A la veille d’une compétition présidentielle, il ne fait pas bon avoir une famille nombreuse ou des amis d’enfance envahissants.
Je ne suis pas certain que ces divagations marquent vraiment l’esprit des électeurs. Comme toute diffamation, elles ont un autre objectif ; occuper le candidat potentiel sur d’autres terrains que sa campagne, le déstabiliser intérieurement pour le rendre moins compétitif. C’est une sorte de baptême du feu que doit franchir avec succès celui qui aura peut être à porter les plus lourdes responsabilités. Et, s’il faut blâmer les coups bas, la réaction qu’ils inspirent à leur victime est un bon degré de mesure de son sang froid et donc de son aptitude à l’exercice du plus difficile des mandats.
Charles DEBBASCH
vendredi, septembre 22, 2006
LE PRE PRESIDENTIEL ORAGE SUR LES MEDIAS
LE PRE PRESIDENTIEL
ORAGE SUR LES MEDIAS
Un directeur de journal laisse publier la photo de la femme de Nicolas Sarkozy en escapade, il est relevé de ses fonctions par le groupe Lagardère. Une journaliste de France 2 épouse le ministre Bodoo et la voilà interdite d'antenne par le patron de la chaîne qui estime que ce lien conjugal risque de peser sur son objectivité dans le débat présidentiel. François Bayrou quant à lui met en doute l'objectivité des medias liés désormais à de grands groupes industriels, il est aussitôt tancé par les dirigeants de TF 1.
Tous ces faits illustrent une crise profonde des medias . Les nouvelles techniques de communication en sont en partie la cause. Quand on peut avoir accès en temps réel à l'information sur Internet, il est évident que l'imprimé a toujours un temps de retard. Mais des facteurs propres à la presse française expliquent aussi le déclin. Les journaux français n'ont pas su séduire les nouvelles générations et leur qualité rédactionnelle laisse souvent à désirer.
Dés lors les journaux français étaient murs pour entrer dans la stratégie des grands groupes industriels qui y voient un moyen pour renforcer leur emprise sur la société. Nous sommes aujourd'hui en présence d'une presse normalisée. Le groupe Dassault a pris le contrôle de l'empire Hersant et de son emblématique Figaro, le groupe Lagardère contrôle Hachette et sa myriade de titres, le groupe Bolloré a conclu une alliance avec le Monde et Libération en difficultés a du faire appel à un partenaire financier, TF 1 et sa constellation audiovisuelle sont contrôlées par le groupe Bouygues.
On peut, pour se rassurer tenter de minimiser l'impact de cette emprise. Les rédactions sont autonomes et le propriétaire financier ne tient pas la plume des journalistes. Certes, mais les choses ne sont ni aussi simples, ni aussi claires. Si la plume est libre, les enjeux stratégiques et financiers commandent et influencent donc le contenu du journal. Les autorisations nécessaires pour exploiter les nouvelles technologies comme la TNT sont délivrées par le gouvernement et on ne peut ignorer que s'ouvrent ainsi de subtils moyens de pression.
La période pré présidentielle explique la montée de la fièvre actuelle. Chaque candidat se préoccupe de sa politique de communication et cherche à pénétrer le subtil réseau d'influence qui construit l'opinion. On n'a pas fini de recenser les interférences entre les medias et les politiques. ~ais, une chose est sure. La lutte pour le contrôle des medias est engagée et on n'a pas fini d'en attendre parler.
Charles Debbasch
mardi, septembre 19, 2006
LE BLOG DE CHARLES DEBBASCH LE PRE PRESIDENTIEL
LE BLOG DU DOYEN CHARLES DEBBASCH
SARKOZY AUX ETATS UNIS
La visite de Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis ne cesse pas de faire des vagues. Jacques Chirac aurait qualifié d’irresponsable les déclarations de son ministre de l’Intérieur. Quant aux socialistes, ils ont rangé le président de l’UMP au rayon animalier : il serait pour Fabius le future caniche du Chef d’Etat américain et pour Emmanuelli un chiot couché devant son maitre.
Essayons de remettre un peu d’ordre dans ce débat qui touche au plus profond des orientations politiques.
Observons tout d’abord qu’il est normal et même légitime qu’un candidat potentiel à la Présidence de la République française se rende aux Etats-Unis. Qu’il l’ait fait dans la semaine du 11 septembre au moment où le peuple américain était recueilli dans le souvenir de la tragédie du World Trade Center ne peut qu’être approuvé. Il n’y a pas de concession dans la lutte contre le terrorisme et la barbarie. Et, il faut avoir de la mémoire. Comme le dit justement Michel Sardou dans une de ses chansons « Si les Ricains n'étaient pas là,Vous seriez tous en Germanie,A parler de je ne sais quoi, A saluer je ne sais qui.» Il faut que les nouvelles générations aillent visiter en Normandie ou ailleurs les tombes de ces jeunes américains fauchés dans la fleur de l’âge pour défendre notre liberté au moment où les dictatures nazies ou communistes dressaient le voile noir ou rouge de leur oppression sur le monde. Les Etats-Unis et la France partagent les mêmes idéaux de justice et de liberté et ce n’est pas parce qu’il est à la mode de hurler avec les loups anti-américains que la France doit confondre l’essentiel et l’accessoire.
Cela ne signifie pas pour autant que la France doive couvrir les erreurs de Bush et notamment la guerre en Irak. Mais cela veut dire qu’il faut éviter les rodomontades guerrières, les expressions tonitruantes, les blessures inutiles. En d’autres termes, on peut, sans être le toutou de Bush, refuser d’aboyer avec la meute et préférer la discussion, le débat. Cela nous éviterait le ridicule après avoir hurlé notre hostilité aux Etats-Unis de nous faire tout petit pour ne pas gêner nos exportations de vin ou de foie gras. Au demeurant , les déclarations de Nicolas Sarkozy ont été plus mesurées que le condensé qui en a été publié. Sarkozy n’a pas critiqué la position française sur le fond-il est et reste hostile à l’intervention en Irak-mais sur la forme. Il y avait surement d’autres méthodes que le discours bravache pour faire entendre la différence de la France.
Les sonorités différentes de la droite française ne sont pourtant pas nouvelles. Il existe depuis des lustres une droite francaise pro-atlantique incarnée par le courant démocrate-chrétien puis centriste et une droite gaulliste qui cherche à affirmer l’indépendance de l’Europe par rapport aux Etats-Unis. Les déclarations de Nicolas Sarkozy manifestent à cet égard une évolution puisque le Président de l’UMP se rapproche d’une position plus atlantiste Mais la politique est tout d’abord une affaire de langage. Les paroles enflammées de Villepin au moment du déclenchement de l’affaire irakienne ont flatté l’ego des Français qui se sont imaginés redevenir le centre du monde. Il n’est pas certain que le réalisme de Nicolas Sarkozy ne soit pas plus proche des potentialités françaises. Pour reprendre le langage animalier que l’on évoquait en commençant :rien ne sert de se faire passer pour le roi lion quand on se contente de pousser le cri du coq.