CRISE MONDIALE ET POLITIQUE INTERIEURE
Entre 1,2 millions (selon la police) et 3 millions (selon la CGT) de personnes ont défilé dans 229 manifestations à l'appel des huit syndicats (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC, Solidaires, FSU, Unsa). Ce nouveau rassemblement de masse ,après celui du 29 janvier, illustre l’inquiétude des travailleurs face à la dégradation de la situation économique.
L’objectif des syndicats était de conduire le gouvernement à renforcer les mesures de relance de l’économie. Mais, avant même le mouvement de grève, Nicolas Sarkozy avait fait savoir que le plan de relance resterait intangible. Cette position a été confirmée, au soir du 19 mars, par François Fillon. Le Premier ministre a dit comprendre une inquiétude qui est très légitime face à une crise mondiale d'une très grande gravité", Mais, il a exclu tout nouveau plan de relance. Selon lui, il faut "attendre" que le premier plan de relance de 26 milliards d'euros lancé en décembre "produise ses effets" et notamment "des emplois qui vont être sauvés et qui ont déjà été sauvés", "des mesures pour aider la trésorerie des entreprises", une extension du recours au chômage partiel et sa meilleure indemnisation. Un effort important a selon lui déjà été consenti avec la suppression des deux tiers provisionnels de l'impôt sur les revenus 2008 pour les foyers relevant de la première tranche d'imposition et le crédit d'impôt accordé à deux autres millions de contribuables."Six millions de Français vont voir leur impôt sur le revenu diminué en 2009 des deux tiers", a-t-il rappelé."Tous les Français comprennent qu'on ne peut pas aller au delà" car d'une part le déficit public, déjà "doublé" cette année en serait aggravé et "ce serait empêcher la reprise" alors que "des signes" dans ce sens existent "pour l'année 2010".
Trois enseignements peuvent être tirés de cette journée de manifestations.
Sous l’apparence d’un front uni de gauche politico syndical, une fracture existe entre les mouvements traditionnels et les « autonomes » à la mode d’Alain Besancenot qui cherchent à exploiter la crise actuelle pour arriver à un grand soir de révolte. On peut cependant constater que, jusqu’ici, le mouvement de protestation ne s’est pas transformé en révolution et que seuls de petits groupes ont cherché à en découdre avec la police.
Malgré la volonté gouvernementale de démontrer que la crise est importée et ne dépend pas de son action, l’opinion est tentée de faire supporter les conséquences de la crise au gouvernement en place. Le parti socialiste cherche à recueillir les fruits du mécontentement. Mais, les sondages démontrent que ses propositions ne sont pas jugées crédibles par l’opinion publique.
Si la majorité sarkozyste reste unie, il existe cependant en son sein des individualités qui sont tentées par les slogans de gauche visant « à faire payer les riches ».Le bouclier fiscal est devenu une sorte d’enjeu symbolique. Mais le Président Sarkozy a clairement exprimé que l’on ne toucherait pas à un des fondamentaux de sa doctrine.
Qu’il s’agisse de la majorité ou de l’opposition, la crise est en voie de créer de nouvelles lignes de fractures.
Charles Debbasch
vendredi, mars 20, 2009
CRISE MONDIALE ET POLITIQUE INTERIEURE
vendredi, décembre 12, 2008
AGITATION DANS L'EDUCATION
AGITATION DANS L’EDUCATION
L’agitation dans l’éducation est récurrente. Tous les gouvernements de droite et de gauche ont eu à l’affronter. Les mouvements divers contre la politique que conduit le ministre de l’éducation, Xavier Darcos, au nom du gouvernement doivent donc être replacés dans ce contexte général.
LES CAUSES PERMANENTES
Notre société est instable. Les mouvements importants de population, l’urbanisation, l’immigration, l’évolution des mœurs ont déraciné les valeurs anciennes sans en créer de nouvelles communément acceptées. Il existe donc une incertitude sur les valeurs que l’école doit transmettre.
La diversité des élèves rend la tâche des enseignants plus difficile à exercer. La plupart des familles ne sont plus en mesure d’exercer l’accompagnement du travail éducatif qu’elles effectuaient autrefois. Les enseignants doivent exercer à la fois le rôle de maîtres et de parents. Ils représentent la seule autorité à laquelle les jeunes sont soumis dans une société permissive. C’est donc contre eux que s’exercent les rébellions. Ce qui explique les agressions physiques multipliées contre le personnel de l’éducation nationale.
Notre société devenue plus matérialiste ne respecte plus la fonction enseignante comme elle le faisait à l’âge de l’idéal laique. Les maîtres sont devenus des débiteurs de savoirs auxquels on demande de délivrer un produit fini sans se préoccuper de la difficulté de leur fonction. Le slogan est connu : l’école ne remplit pas son rôle, elle ne diffuse pas les savoirs élémentaires, elle est inadaptée face au monde professionnel. On en viendrait même à lui faire supporter la responsabilité du chômage en lui imputant à débit le décalage entre les formations et les emplois.
Face à l’ensemble de ces remises en cause, le monde enseignant garde dans l’ensemble le sens de la valeur de sa responsabilité éducative. Mais, traumatisé par la lourdeur de sa responsabilité, il développe aussi des attitudes négatives.
La première est de croire que le quantitatif peut remplacer le qualitatif. Les syndicats d’enseignants sont tentés d’imaginer que les moyens doivent l’emporter sur les missions. La crise de l’éducation serait liée au défaut de moyens financiers. Les « il n’y a qu'à..augmenter le budget de l’éducation nationale pour résoudre le problème de l’école » deviennent l’échappatoire à la solution des problèmes de fond. Or former des salles de trente , de vingt ou de dix élèves ne remplacera pas la volonté d’apprendre et celle d’enseigner. Dans ma génération de la guerre, nous étions 45 à 50 élèves par classes et nous étions heureux d’apprendre et nos maîtres étaient fiers d’enseigner. Retrouver l’idéal missionnaire de l’enseignant me parait plus important que de ferrailler sur des pourcentages de crédits.
Le second tropisme négatif devant le changement consiste pour les enseignants à s’isoler, à se transformer en corporation détachée du reste de la société. Dés lors, tout changement leur parait suspect. Toute modification d’une virgule dans les programmes engendre la révolte. D’opinions souvent « avancées », beaucoup d’enseignants sont prêts à faire la révolution dans le monde qui les entoure mais sont rebelles à tout changement dans l’univers éducatif. Souvent de bonne foi, ils ne se rendent pas compte que c’est au contraire l’adaptation permanente de l’éducation à la société qui redonnera son lustre à la fonction enseignante.
LES CAUSES CONJONCTURELLES
Toute crise économique provoque des inquiétudes dans la jeunesse. La contraction des emplois est supportée principalement par les jeunes. Les syndicats privilégient la protection des emplois existants et leurs adhérents plutôt que la création des emplois pour les jeunes au sortir de leur formation. La précarité s’installe chez les jeunes. Ceux qui sont en formation sont inquiets devant la fermeture du marché de l’emploi à ceux qui les ont précédés. Il faut respecter cette inquiétude et tenter d’y répondre à la fois par une meilleure adaptation des formations et par une politique résolue d’aide à l’emploi des jeunes.
L’agitation éducative repose aussi sur l’exploitation politique. La plupart des forces syndicales de l’éducation sont marquées politiquement à gauche et sont donc tentées de ferrailler contre un gouvernement de droite. Pour tenter de faire oublier la crise profonde de la gauche et les luttes de tendance du parti socialiste, il existe une tentative pour provoquer l’autorité et l’amener à se durcir pour exacerber la colère des jeunes.
Pourtant le combat sur l’école doit se construire dans l’unité nationale.
Quelle mission plus exaltante pour les maîtres que de revenir les phares de la société ?
Quelle fonction plus importante pour un gouvernement que de moderniser l’école pour la rendre performante, compétitive et missionnaire ?
Il faut cesser de pleurnicher sur l’éducation. Il convient de remplacer l’imprécation par la redécouverte de la vocation.
Charles Debbasch
mercredi, décembre 10, 2008
LE DANGER DES MOUVEMENTS POLITIQUES INCONTROLES
LE DANGER DES MOUVEMENTS POLITIQUES INCONTROLES
La vie politique n’est jamais un long fleuve tranquille. Souvent l’imprévu arrive…et il est difficile à prévoir. Tout au plus est-il possible d’analyser les situations à risques. Le cas de la France actuelle mérite à cet égard l’analyse.
La crise économique est à l’évidence, à elle seule, un facteur de risque. L’augmentation du chômage, sa concentration dans certaines zones géographiques créent de lourds sentiments de frustration. L’inquiétude se répand chez ceux qui possèdent un emploi et craignent de le perdre. Les jeunes ont des difficultés à trouver un emploi. Ceux d’entre eux en formation sont inquiets pour leur avenir.
Il y a donc un terreau favorable à la contestation. Celle-ci est, de moins en moins, encadrée par les syndicats et par les partis.
Les récentes élections prud’homales illustrent le déclin des syndicats. Les trois quarts des salariés du privé n'ont pas voté. Le taux de participation s'est établi à 25,5% dans le collège «salariés», soit une abstention de 74,5% La participation, qui avait déjà chuté de 63,2% en 1979 à 32,7% en 2002, a atteint ainsi son plus bas niveau en trente ans. En d’autres termes, les syndicats n’arrivent plus à encadrer les salariés et seuls les mouvements extrémistes et protestataires progressent ;
Il en va de même dans les partis politiques. Le parti communiste et le parti socialiste sont en crise et seule l’extrême gauche d’Olivier Besancenot progresse.
Dans une telle situation, les extrémistes et les « autonomes »ont un champ libre qui explique qu’il y ait dans notre société un danger réel de mouvements politiques incontrôlés.
Charles Debbasch
vendredi, novembre 02, 2007
LE FINANCEMENT DES SYNDICATS
L’OPACITE DES SYNDICATS
Pour justifier les importantes sorties d’argent liquide des caisses de son organisation, l’Union des Industries métallurgiques et minières, M.Denis Gautier-Sauvagnac a expliqué que ces fonds étaient destinés à « fluidifier les relations sociales ». En d’autres termes, il aurait été versé aux syndicats. L’enquête établira si cette situation correspond à la réalité. Mais, il est vrai qu’un grand flou règne sur le budget réel des syndicats.
Les syndicats sont les seules personnes morales non tenues à avoir une comptabilité Les pouvoirs publics versent entre 500 et 900 millions d’euros de subventions au titre de missions d’intérêt général : formation, contributions au temps passé pour les négociations collectives, participation aux gestions paritaires L’Etat met à disposition des syndicats deux fonctionnaires sur 1000 soit "environ 14 000 personnes pour 7 millions de fonctionnaires».
Comme le rappelle dans son rapport le Conseiller d’Etat,Hadas-Lebel , "Certaines des ressources dont bénéficient les organisations syndicales (notamment les décharges d’activité et mises à disposition de personnel tant dans les secteurs public que privé) relèvent de procédures dont la légalité est douteuse. " "Ce domaine est caractérisé par une grande opacité : aucun document public ou administratif porté à notre connaissance ne présente de synthèse des ressources financières des syndicats en France, ni même des mécanismes de financement. Une telle situation tranche avec celle constatée à l’étranger, l’IGAS ayant pu établir en 2004 un bilan exhaustif du financement des syndicats dans cinq pays européens".
Cette situation est le reflet de la grande faiblesse des syndicats français. En dehors de la fonction publique très syndicalisée, les organisations syndicales du secteur privé sont peu représentatives. Elles ne regroupent que 5 à 7 pour cent des salariés. Dés lors la part des cotisations dans le budget des confédérations est très faible. Il va de 34 pour cent pour la CGT à 57 pour cent pour FO.
Tout le reste se situe dans le flou à la limite extrême de la légalité
C’est sans aucun doute la trop grande politisation du syndicalisme français qui explique cette désaffection des salariés. S’ils veulent retrouver l’adhésion, les syndicats doivent se regrouper et se concentrer sur la défense des intérêts professionnels.
Les années quatre-vingt dix ont été marquées par la normalisation du financement des partis politiques. Il faut, à présent, réinsérer dans la légalité le financement des syndicats.
Charles Debbasch