LE PARTI SOCIALISTE ENTRE IMPLOSION ET COURANTS D’AIR
Après l’affrontement dramatique de Martine Aubry et de Ségolène Royal deux voies étaient possibles pour le Parti socialiste soit la persistance de l’affrontement, soit la réconciliation .Pour l’heure on est plus proche de la première option. Le PS oscille entre implosion et démembrement en courants.
L’IMPOSSIBLE RECONCILIATION
"J'ai fait à Ségolène Royal des propositions fortes pour qu'elle puisse, dans la logique de ce qu'elle a défendu", accepter "un texte pour la rénovation du parti et même faire figurer dans la direction certains de ses amis", avait déclaré Martine Aubry .Mais, cette affirmation de portée médiatique ne correspondait pas aux intérêts bien compris des deux protagonistes.
Les courants qui avaient poussé en avant Martine Aubry ne souhaitaient pas que Ségolène Royal et ses partisans investissent les rangs de « leur »parti. Les amis de Ségolène Royal qui ne croyaient pas à la sincérité de l’élection de Martine Aubry n’avaient aucun intérêt à conforter sa position.
LES TERRAINS D’AFFRONTEMENT
Le courant royaliste exigeait en prime de son ralliement le poste de numéro deux du parti et la présidence de la fédération des élus socialiste .Les amis de Martine Aubry craignaient de voir leurs positions grignotées par la montée en puissance des royalistes.
Pour conduire Ségolène Royal à la rupture, ils ont donc agité le chiffon rouge du Modem. En insérant dans le texte d’orientation le refus d’alliance avec le mouvement de François Bayrou, ils bloquaient ainsi toute possibilité d’accord.
LE PS DIVISE EN DEUX
En refusant tout accord Martine Aubry et ses partisans ont fragilisé le parti. C’est ainsi la moitié de ses adhérents qui est exclue des instances dirigeantes. Comme le soutiennent deux des amis de la présidente de Poitou-Charentes, Vincent Peillon et Manuel Valls: «il y a sans doute un «tout sauf Ségolène Royal», il y a malheureusement «un tout sauf la moitié des militants socialistes».Et Vincent Peillon d’ajouter : "La volonté était clairement de nous exclure de la direction du Parti socialiste. La porte est bien fermée".
COURANTS ET COURANTS D’AIR
Martine Aubry n’est pas seulement menacée par la dissidence royaliste. Elle a du également accepter un compromis avec tous les autres courants du parti et notamment sceller une alliance avec le maire de Paris et l’aile gauche menée par Benoît Hamon. Si Bertrand Delanoë, traumatisé par son échec, ne siège plus dans les instances dirigeantes, ses partisans y figurent en bonne place. Neuf des proches de Benoit Hamon sont cooptés dans la direction, comme, l’ancien président du syndicat étudiant Unef, Bruno Julliard, chargé de l'éducation, ou l'ancien président du Mouvement des jeunes socialistes(MJS) Razzy Hammadi, chargé des services publics. Plusieurs proches de Laurent Fabius sont nommés (Guillaume Bachelay à l'industrie, Laurence Rossignol à l'environnement) Les partisans de Dominique Strauss-Kahn comme Jean-Christophe Cambadélis, ne sont pas davantage oubliés. Le pouvoir de Martine Aubry est ainsi sérieusement encadré par les représentants des barons du parti.
ET MAINTENANT
Les partisans de Martine Aubry- ou plus exactement les adversaires de Ségolène Royal -peuvent penser qu’ils ont gagné la partie. En verrouillant le PS, ils peuvent espérer endiguer l’influence de l’ancienne candidate socialiste à la Présidence et bloquer le moment venu son investiture par le parti pour la prochaine présidentielle. De son côté, Ségolène Royal peut espérer que ce repli du PS sur sa vieille base décevra les nouveaux militants et qu’elle pourra incarner le moment venu le renouveau du Parti.
En tout état de cause, le PS sort affaibli de cette confrontation. Toujours menacé d’implosion, divisé en baronnies, menacé par l’extrême gauche, il court le risque de voir les tendances centrifuges l’emporter sur les orientations centripètes.
Charles Debbasch
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dimanche, décembre 07, 2008
LE PARTI SOCIALISTE ENTRE IMPLOSION ET COURANTS D'AIR
dimanche, mai 06, 2007
sarkozy elu haut la main
En gagnant l’élection présidentielle avec plus de 54 pour cent des suffrages, Nicolas Sarkozy connaît un magnifique succès. Cette victoire incontestée –accompagnée d’un taux de participation record-assoit son autorité de Président le mieux élu de la Cinquième République dans une élection « normale ».
Ce succès Sarkozy l’a d’abord remporté sur lui-même. Il a su, progressivement, gommer les traits trop accusés de son caractère susceptibles d’inquiéter les Français. Sans perdre sa poigne et son esprit conquérant, il a su se montrer consensuel et ouvert. Son attitude mesurée lors du duel télévisé avec Ségolène Royal a convaincu définitivement les Français qu’il était celui à qui on pouvait confier sans risque les clés de la maison.
Sarkozy a su aussi s’imposer parmi les siens. Il avait d’abord remporté un premier combat décisif en prenant le contrôle de l’UMP mais ca n’était pas suffisant. Il lui fallait aussi rassembler les fidèles de Chirac qui le boudaient après son grand écart balladurien. Il lui fallait aussi convaincre Jacques Chirac et son proche entourage de ne pas jouer la politique du pire : celle que Mitterrand avait pratiquée à l’égard de Jospin douze ans plus tôt. Sur tous ces fronts, Sarkozy s’est imposé avec habileté et autorité.
Mais la victoire de Sarkozy va au-delà. Il a su délivrer la droite française de ses complexes vis-à-vis de la gauche. Jusqu’ici, quand la droite gouvernait, elle se sentait obligée d’exalter les vertus de la gauche ou de lui emprunter son programme. En osant aborder de front les problèmes de l’immigration, du travail , de la lutte contre l’insécurité, du refus de l’assistanat généralisé, Sarkozy a érodé l’électorat du Front National Et, il l’a fait sans renier le combat républicain contre le racisme et pour l’égalité des chances. On peut à présent penser que la France est mure pour la constitution d’un parti libéral moderne.
Le succès de Nicolas Sarkozy c’est aussi le grand échec de Ségolène Royal. Elle partait pourtant favorite dans la compétition. Sa féminité, sa relative virginité politique jouaient en sa faveur. Mais, progressivement, son image s’est érodée.
Cela s’est produit parce qu’elle a démontré en plusieurs occasions son inexpérience ou sa maladresse. Problèmes de caractère sur lesquels ont insisté son ancien ministre Claude Allègre ou son conseiller économique Eric Besson qui a même déserté en cours de campagne pour rejoindre le camp Sarkozy. Même si en fin de partie, elle a affirmé une certaine autorité, elle n’a pas convaincu sur son aptitude à exercer, pour l’instant, la fonction suprême.
La compagne de François Hollande a souffert aussi d’un positionnement politique fluctuant et incertain. Dans la phase de désignation, elle s’est appuyée sur l’opinion contre les caciques du PS. Elle s’est ensuite raccrochée fermement au Parti Socialiste pour, dans l’entre deux tours, se rapprocher du centriste Bayrou tout en sollicitant les suffrages de l’extrême gauche.
Le revers de Ségolène Royal c’est aussi l’échec du Parti socialiste. Un parti divisé en baronnies qui tirent à hue et à dia. Un parti dont les caciques ont assuré un service minimum pour leur candidate. Un parti qui n’a pas su faire sa mue idéologique et qui se rattache toujours à un marxisme dépassé L’échec va obliger le parti socialiste à se repenser, à se refonder.
Sur ce chemin, il pourrait rencontrer François Bayrou qui, après avoir défendu dans sa campagne de premier tour le « ni droite, ni gauche » a tenté de s’inviter dans la campagne du second tour comme un adversaire résolu de Sarkozy. Les réalités électorales expliquent que ses élus qui ont besoin des voix UMP pour être confirmés dans leurs mandats ne l’aient guère suivi.
Deux France se sont manifestées dans cette compétition. Une France de gagneurs, avides et conquérants et une France fatiguée et demanderesse de protections. Ce sera la tache la plus difficile pour le nouveau Président : réconcilier ces deux France et les atteler à un projet commun pour construire une démocratie moderne.
Charles Debbasch
lundi, avril 30, 2007
PRESIDENTIELLE,ENTRE DEUX TOURS
ENTRE DEUX TOURS
L’entre deux tours de l’élection présidentielle présente des caractéristiques originales sinon inédites sous la Cinquième République.
La première originalité est la volonté du candidat arrivé en troisième position- et donc exclu du second tour -de continuer à exister malgré le verdict des urnes. François Bayrou a cherché, avec l’obstination qu’on lui connaît, à imposer un débat avec les deux autres candidats .Tout en affirmant qu‘il n’entend pas choisir entre la « Royal peste »et le « Sarko cholera », il a paru, malgré tout incliner, vers le succès de Royal qui a besoin des voix centristes pour réussir.
Même si cette tentative a connu un certain succès médiatique, elle a entrainé des réactions hostiles.
Dans le camp socialiste, la gauche- avec Melenchon et Emmanuelli- s’est élevée contre la tentation centriste de Ségolène. Quant à l’UDF, elle n’a guère suivi son leader .La base UDF a une alliance électorale avec la droite et elle ne peut se permettre, à un mois des législatives, de flirter dangereusement avec le parti socialiste qui est son concurrent dans la plupart des circonscriptions.
Dans le camp Sarkozy, l’unité n’a pas été mise en cause mais la campagne du second tour est marquée par le souci d’ouverture au centre. En annonçant une dose de proportionnelle, Sarkozy tient compte de l’aspiration populaire manifestée dans le vote Bayrou : la volonté de casser le mur entre les deux blocs politiques.
Les campagnes présidentielles se gagnent ou se perdent au centre.
Il y a fort à prévoir que .sauf surprise de dernière minute, ce rassemblement gagnant va se cristalliser autour de Nicolas Sarkozy plutôt qu’autour de Ségolène Royal trop marquée par ses ralliements communistes et trotskystes pour attirer le marais centriste.
Ce sera une frustration de plus pour François Bayrou : être exclu d’une compétition où nombre des idées qu’il a défendues s’imposent.
Charles Debbasch
mardi, mars 20, 2007
FAUT-IL CREER UNE SIXIEME REPUBLIQUE
FAUT-IL CREER UNE SIXIEME REPUBLIQUE ?
Ségolène Royal puis François Bayrou ont proposé de créer une sixième République. Ils entendent ainsi marquer la rupture avec la situation actuelle. Rappelons que l’IIIe République est morte avec le désastre de 1940, que la Ive République s’est effondrée après le putsch d’Alger. La situation actuelle est bien loin de ces deux séismes mais les adeptes de la Vie République estiment qua nous en sommes bien proches et qu’il vaut mieux prévenir une explosion.
C’est le socialiste Arnaud Montebourg qui a le premier soutenu la nécessité du changement. Il a créé une Convention qui milite pour un changement de République. Elle considère qu'une des causes de l'abstention et de la dépolitisation réside dans les dysfonctionnements de la Ve République. Les conventionnels pointent l'absence de contrôle et donc de responsabilité politique pour tout ce qui concerne le Président de la République.
La Convention pour la 6e République prône donc un régime primo-ministériel, où les pouvoirs de contrôle du Parlement seraient accrus. Le président de la 6e République aurait un rôle d'arbitre, garant du bon fonctionnement des nouvelles institutions et ne serait pas élu au suffrage universel direct.
Le changement de République passe par l’adoption d’une nouvelle Constitution. Mais, est-ce bien là le problème essentiel de la France aujourd’hui ?
Les questions de société priment aujourd’hui par rapport aux problèmes de textes. Les maux dont souffre notre pays sont bien connus.
La France a le système bureaucratique le plus lourd de tous les pays libéraux. La société française est tout entière fonctionnarisée. L’Etat est surpuissant-il intervient sur tout-et il est relativement inefficace. La décentralisation au lieu de libérer les énergies participatives n’a fait qu’alourdir la machine en créant de nouveaux pôles de décision.
La France a développé les structures d’assistance sans faire prospérer l’esprit de responsabilité. L’idée d’un Etat vache à lait qui doit tout et auquel on ne doit rien s’est implantée dans l’opinion ; Elle déséquilibre les mécanismes sociaux et toute l’économie. Le manque de flexibilité du travail, la généralisation des trente cinq heures ont eu leur part corrosive dans les équilibres fondamentaux. L’endettement colossal pèse sur les comptes et compromet l’avenir de la France.
L’idée d’un Etat impartial s’est estompée. Les groupes ont pris possession de l’Etat et lui ont ôté sa virginité politique. L’esprit public s’est émoussé au profit du corporatisme et de l’esprit de chapelle. Même la magistrature qui devrait être indépendante n’échappe pas à cette emprise.
Plus la machine étatique s’alourdit et moins le pouvoir politique arrive à la contrôler.
Les citoyens sont insatisfaits devant cette déviance collective mais chaque catégorie défend ses privilèges dés que quelque s’avise de les lui disputer. Il faudrait pour transformer la société des dirigeants audacieux et visionnaires mais les politiques sont emprisonnés dans les marécages des sondages qui n’indiquent que la température de l’instant.
C’est donc d’une révolution politique que la France a besoin et non d’un ravalement constitutionnel et juridique.
Charles Debbasch
mardi, décembre 12, 2006
PRESIDENTIELLE ET PETITS CANDIDATS
Et pourtant, ces petits candidats peuvent avoir une influence considérable sur l’épreuve électorale. Le Pen a démontré lors de la dernière présidentielle qu’une surprise est toujours possible. Quant à la « petite »candidate Taubira, lors de ce même scrutin ses « maigres »voix ont entrainé la déroute du candidat Jospin. C’est dire qu’il ne faut pas négliger les petits candidats.
Ceux-ci ont plusieurs motivations. Ils peuvent nourrir l’espérance de figurer au second tour mais ils veulent le plus souvent montrer leur puissance électorale pour renforcer leur présence politique et peser lors des élections législatives. C’est sur ce terrain que se situe la marge de négociation des grands à l’égard des petits.
Ségolène Royal a déjà conclu un accord avec les radicaux de gauche et J.P.Chevènement : pour éviter leurs candidatures, quelques circonscriptions électorales ont été offertes en sacrifice. Ce déblayage ne laisse plus en lice que le PC et une extrême gauche divisée et à bout de souffle. Plus grave est l’incertitude écologique qui est un important réservoir de voix.
Nicolas Sarkozy rencontre des problèmes plus aigus. S’il a pu rallier Christine Boutin au poids politique faible, il a face à lui deux poids lourds. Avec J.M. Le Pen, toute négociation est exclue et la seule possibilité du ministre de l’Intérieur est de tenter de débaucher son électorat en renforçant le discours sécuritaire. La candidature Bayrou est la plus dangereuse / Non seulement en raison de l’importance de l’électorat centriste mais aussi parce que le ralliement de son porte voix au second tour n’est pas garanti. Depuis que le centrisme existe, il a été tenté par le basculement à gauche. Le repoussoir a été jusqu’ici le besoin d’alliance à droite qu’ont les députés centristes pour être élus. C’est là que réside la force électorale de Bayrou : faute d’avoir une chance de figurer au second tour, il peut vendre chèrement sa peau car il détient la clé de la victoire de l’un ou l’autre camp.
Vous avez dit « petit candidat » ?
Charles Debbasch
lundi, décembre 04, 2006
SARKOZY FORCES ET FAIBLESSES
En officialisant sa candidature, Nicolas Sarkozy n’a fait que confirmer ce à quoi il confessait penser depuis longtemps et pas seulement en se rasant : il souhaite devenir le futur Chef de l’Etat. La méthode qu’il a suivie ressemble à celle de son ainé Chirac. Il a exercé les plus hautes fonctions ministérielles. Il a pris le contrôle d’un grand mouvement politique. Il n’a pas manqué d’appétit politique exerçant des mandats politiques divers très jeune. Ainsi, il s’est préparé à des fonctions suprêmes et il ne manque pas d’expérience. Sa notoriété est grande et son adhésion populaire variée. Cet homme est un libéral qui croit aux valeurs de l’initiative privée mais qui adhère au rôle régulateur de l’Etat. Il défend l’ordre républicain sans lequel il n’est pas de société organisée. Il défend une politique étrangère indépendante sans se sentir obligé d’insulter tous les jours les Etats-Unis en prenant sa douche.
Sa personnalité se distingue de celle de Ségolène Royal. Membre de l’establishment politique il ne bénéficie pas de l’effet de fraicheur que produit la candidate socialiste. Il dispose, en revanche, de l’expérience des affaires de l’Etat que ne partage pas encore la candidate du PS. Seule la campagne électorale permettra en effet d’éclairer les électeurs sur ce que fera Ségolène Royal si elle est élue tandis que déjà chacun peut imaginer ce que sera une présidence Sarkozy.
La force de la candidature Sarkozy réside là. Chacun peut le juger sur son action passée. On peut dire qu’il est « prévisible « alors que la candidate PS est « imprévisible. »
Sarkozy ne manque cependant pas de handicaps.
La droite est ainsi faite qu’elle connaît plus d’aptitude à la division que la gauche. Sans parler de l’effet Le Pen qui est difficilement mesurable, il reste deux inconnues. Que fera le camp villepiniste à l’intérieur de l’UMP . Il est douteux qu’il se rallie avec autant de spontanéité au candidat Sarkozy que les Fabius et Strauss –Kahn à la candidate Royal. Par ailleurs la candidature centriste de Bayrou peut enlever à la droite les voix qui sont nécessaires pour pouvoir se maintenir au second tour. Et la vieille tentation centriste d’alliance avec le PS peut ressurgir à chaque instant.
Mais le véritable obstacle est ailleurs. Les Présidents en fin de mandat ont beaucoup de mal à admettre l’idée d’avoir un successeur dans leur propre camp. De Gaulle a combattu la candidature Pompidou, Mitterrand celle de Jospin et le moins que l’on puisse avancer est que Jacques Chirac pour l’instant ne fait rien pour soutenir une candidature Sarkozy.
Le succès de Sarkozy dépendra donc de son aptitude à rassembler son propre camp sans céder à la tentation des règlements de compte et des exclusions.
Charles Debbasch
vendredi, novembre 17, 2006
LA VICTOIRE DE SEGOLENE
La victoire au premier tour de scrutin sans contestation possible de Ségolène Royal à l’investiture socialiste a plusieurs significations.
Elle marque tout d’abord de façon claire l’insertion définitive des femmes dans la vie politique. C’est la première fois qu’un grand parti offre ainsi la première place à une femme. Et pas à n’importe quelle femme : une femme libre non mariée qui partage la vie du premier secrétaire du parti socialiste dont elle a plusieurs enfants. Elle incarne une nouvelle condition féminine, celle de la femme engagée dans la vie professionnelle émancipée et libre dans laquelle beaucoup de femmes se reconnaitront. C’est un fait majeur qui pèsera sur l’élection présidentielle car par son image novatrice cette candidature Royal enfonce quelque peu dans l’obsolète toute autre candidature.
Le succès de Royal signifie aussi que l’on s’était trompé en se risquant à prédire que les militants du parti pouvaient s’écarter du choix des sympathisants. Tout s’est passé comme si le processus avait reposé sur un courant d’adhésion populaire qui s’est communiqué aux sympathisants puis s’est propagé aux militants et aux apparatchiks. Les appareils partisans ne peuvent plus se replier sur leurs coteries. Ils dépendent de plus en plus de l’opinion publique. Les sondages qui ont révélé l’importance de l’adhésion populaire à la candidature Royal ont joué naturellement un grand rôle. Les deux rivaux de Ségolène se sont quelque peu trompés de combat en imaginant qu’ils pouvaient s’appuyer sur les structures du parti pour contrecarrer le succès de Royal.
L’ambigüité du discours de la candidate Royal l’a également servie. Sans se laisser emprisonner dans le programme du parti elle n’a pas craint de s’attaquer à des tabous pour les socialistes intégristes : respect des valeurs morales, lutte contre l’insécurité, service des enseignants et manifestement ces infidélités aux dogmes de la gauche ne l’ont pas desservie.
C’est pourtant là que va se jouer à présent le destin de la candidature Royal. La machine du parti va à présent se rassembler autour de Ségolène. Ses concurrents d’hier vont se mettre à son service. Ils vont chercher à l’enfermer dans un programme socialiste désuet et rétrograde qui ne correspond pas aux besoins de la société française. Difficile exercice d’équilibriste pour la candidate : trouver dans le parti la rampe de lancement mais choisir sa propre direction sans se laisser programmer comme un vulgaire satellite.
Doyen Charles Debbasch
dimanche, novembre 05, 2006
LES LEADERS DE LA COURSE PRESIDENTIELLE EN COMPETITION
Les élections présidentielles sont encore lointaines. A ce stade de la compétition rien n’est figé et tout est encore possible. C’est pourquoi les deux leaders des sondages Ségolène Royal à gauche, Nicolas Sarkozy à droite voient se dresser face à eux des candidats potentiels qui cherchent à renverser le diagnostic des sondages. Il existe cependant entre les deux compétiteurs de profondes différences de situations.
La candidature de Ségolène Royal a été imposée au Parti socialiste de l’extérieur par une sorte de vox populi qui a reconnu en elle une fraicheur étrangère au milieu politique traditionnel. Portée par cette vague populaire, la compagne du premier secrétaire du PS s’est progressivement affirmée. Mais, bien qu’elle ait reçu des soutiens de certaines fédérations du PS, elle n’a pas à ce jour été choisie par son parti. Ce qui explique que d’autres éminences du PS briguent le soutien du parti. Après le retrait de Lionel Jospin, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn s’opposent au grand jour à Ségolène Royal. Pour ses adversaires, le meilleur moyen de brider la candidature Royal est d’enfermer la présidente de Poitou Charente dans le cadre du parti. Alors qu’elle cherche une approche centriste, il faut l’obliger à faire sa bible du programme du PS. Alors qu’elle s’appuie directement sur l’opinion, il faut lui rappeler que seuls les adhérents du PS désigneront le candidat du Parti.
Tout autre est la situation du candidat Sarkozy. Il est lui le maître de l’UMP dont il contrôle strictement l’appareil. Sa désignation par le parti ne parait pas douteuse. Mais ses faiblesses sont ailleurs. Pour élargir sa base électorale, il doit marquer sa différence par rapport à Jacques Chirac. Mais, plus il le fait plus il mécontente le camp des chiraquiens qui inévitablement en viennent alors à songer à d’autres candidatures. Et, si Dominique de Villepin est pour l’heure quelque peu plombé par ses échecs, d’autres candidats potentiels existent comme Michèle Alliot-Marie ou Alain Juppé qui vient de reconquérir une virginité politique à Bordeaux. Sans oublier le suspense Chirac qui ne sera pas dénoué avant le début de l’année prochaine.
Ainsi, avec des situations fort différentes, chaque candidat potentiel doit s’imposer dans son propre camp. La compétition présidentielle est un moteur à deux temps : il faut d’abord s’imposer parmi les siens puis décompresser pour élargir sa base électorale.